La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Bar-le-Duc (Meuse)

 

Position géographique. —Cette ville, ancienne capitale du duché de Bar et aujourd'hui chef-lieu du département de la Meuse, est située en partie dans une étroite vallée arrosée par l'Ornain et en partie sur le versant et le sommet d'un coteau escarpé. Elle est à 251 kilomètres E. de Paris, au 20 49' 24' de longitude à l'est du méridien de cette ville, et au 480 46' 8" de latitude au N. de l'équateur. L'altitude prise au pied du clocher de Saint-Pierre est de 239,4 m ; la « montagne de Bar » domine de 45 mètres le niveau de la vallée. — Population : en 1803, 9.601 habitants — en 1851 :14. 810 habitants et en 1901 : 17.093 habitants, dont 2.387 de population comptée à part. — Conseillers municipaux : 27.

 

Aspect général. —Bar-le-Duc se divise en Ville haute et en Ville-Basse. — La première s'élève en amphithéâtre sur le flanc de la colline et occupe le plateau supérieur. Cette abrupte colline est entourée de vignes et couronnée par d'épaisses lisières de forêts ; les alentours en sont très pittoresques et offrent de toutes parts de belles promenades. Les rues qui conduisent à la Ville-Haute sont pour la plupart, étroites et escarpées. Il s'y trouve deux places de peu d'étendue communiquant entre elles par une rue large et bien ouverte, bordée de maisons aux belles façades sculptées, derniers témoins de la splendeur passée de ce quartier. Mais il règne ordinairement, en cet endroit une solitude, un silence qui font un contraste frappant avec le mouvement de la Ville-Basse. — Celle-ci s'étend sur les deux rives de l'Ornain ; un grand nombre de boutiques, de magasins et d'hôtelleries y répandent l'animation. Les rues sont larges et régulièrement percées ; les boulevards de la Rochelle et de la Banque, bordés d'arbres, sont particulièrement remarquables. — Cette partie de la ville, traversée par le chemin de fer de Paris à Avricourt et par le canal de la Marne au Rhin, possède une gare importante et un port, qui servent d'entrepôt pour les produits forestiers ainsi que pour les fers des forges environnantes. Du même endroit part le futur réseau de la Compagnie meusienne de chemin de fer amoindrie par la disparition de la plupart des ateliers qui faisaient de cette ville un centre industriel important.

 

Bar-le-Duc, par le pittoresque de son site au milieu d'une banlieue charmante, et par les souvenirs historiques qu'il rappelle, « est délicieux pour l'ami de la nature qui affectionne la promenade aux champs et dans les bois, pour le philosophe qui se plaît à rêver dans les lieux solitaires, et aussi pour l'archéologue plus curieux des restes du passé que des splendeurs discutables du progrès contemporain. » (A. Martin).

 

 

Organisation. En sa qualité de chef-lieu départemental, Bar-le-Duc est la résidence des chefs de tous les services publics du département, excepté toutefois sous les rapports judiciaire (chef-lieu à Saint-Mihiel), militaire et religieux (chef-lieu à Verdun). — Cette ville possède la préfecture, un tribunal de première instance, un tribunal de commerce, un conseil des prudhommes et une justice de paix. Elle est également pourvue d'une garnison comprenant un régiment d'infanterie et une sous-intendance militaire. — De plus, elle sert de résidence à un trésorier-payeur général, un directeur des contributions directes, un directeur et deux receveurs d'enregistrement, un directeur et un receveur des contributions indirectes, un conservateur des hypothèques, trois contrôleurs, trois percepteurs et un receveur municipal, un conservateur et un inspecteur des eaux et forêts, directeur et un receveur des postes, télégraphes et téléphones, un ingénieur en chef et un ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, un agent voyer en chef et un agent voyer d'arrondissement du service vicinal, six avoués, six huissiers, cinq notaires, un commissaire-priseur, un chef d'escadron commandant la compagnie de gendarmerie de la Meuse, un commissaire de police, etc.

Sous le rapport religieux, Bar, chef-lieu d'archiprêtré, est divisé en quatre paroisses pour le culte catholique. Il comprend en outre une paroisse protestante et une synagogue israélite.

Parmi les nombreuses institutions financières, agricoles ou de bienfaisance, nous mentionnerons seulement une succursale de la Banque de France, une société et une Chambre consultative d'agriculture, une société horticole, une société d'apiculture, un hospice, un bureau de bienfaisance, un asile des vieillards et un ouvroir ou société maternelle.

 

Établissements d'instruction. — Au point de vue de l'enseignement, dirigé par un inspecteur d'académie et un inspecteur primaire, Bar est doté d'un lycée ouvert en 1857, d'une école normale d'institutrices (1885), d'une école primaire supérieure de jeunes filles (1900), de neuf écoles primaires publiques de garçons, de filles ou écoles maternelles, enfin de cinq écoles privées, dont l'une (école Saint-Louis) tient lieu de petit séminaire. — Des cours publics de dessin, de peinture et de musique, une société chorale, des sociétés gymnastiques, de tir, etc., témoignent du goût des habitants pour les beaux-arts et pour les sports.

La Société des Lettres, sciences et arts, fondée en 1870, est une de ces petites académies provinciales qui rendent modestement à l'érudition régionale des services incontestables. — La Bibliothèque publique, formée primitivement des débris des richesses bibliographiques des monastères du district de Bar, compte près de 30.000 volumes, dont200 manuscrits. Elle a une salle de lecture et pratique généreusement le prêt au dehors. Le Musée, dont l'existence date seulement de 1841, s'enrichit graduellement  : l’histoire naturelle l'archéologie, la peinture et la sculpture occupent huit salles méthodiquement classées. Mentionnons enfin le riche dépôt des Archives départementales, près de la Préfecture, et le musée géographique Bonnabelle dans les bâtiments de l'ancienne halle à la Ville-Haute.

 

Historique. L'origine de Bar parait remonter tout au moins à l'époque de la conquête des Gaules par les Romains.

Sur la rive droite de l'Ornain au bord de la voie consulaire allant de Durocortorum (Reims) à Tullum (Toul), et à l'endroit où se trouve le faubourg actuel de Couchot, existait primitivement un poste militaire ou une mansion, établissement officiel avec approvisionnements et industries accessoires : c'était l'antique Caturiges, dont l'existence en ces temps reculés est prouvée par les substructions et objets découverts sur son emplacement : pans de murs, débris de colonnes, tuiles, puits, statuettes, outils, ustensiles, médailles, monnaies de Marc-Antoine à Théodose, et même pièces gauloises des Lenci, celles-ci attestant que la station gallo-romaine avait très probablement succédé à quelque bourgade gauloise préexistante.

Caturiges, ruiné par les invasions des IVème et Vème siècles, et notamment par les hordes d'Attila, survécut à tous ces désastres, et s'étendit même au-delà de ses limites premières vers le S.-0. jusqu'à l'Ornain, pour former le vicus de Barrivilla, aujourd'hui le quartier de Bar-la-Ville ; — une partie de ses habitants alla en outre de l'autre côté de la rivière, jeter les premiers fondements d'un bourg mérovingien ceint de murailles et flanqué de tours : c'est le Barnum castrum, ou plus communément le Burgum, Barri, qui s'appelle encore quartier du Bourg.

Cette nouvelle cité avait clans son enceinte un réduit fortifié, un castellum appelé le Mirwalt ou le Miroualt.

 

Le chroniqueur Frédégaire rapporte que le roi Childéric, fils de Mérovée, chassé de ses États, reçut asile, à son retour d'exil, dans le Baryum castrum (vers 468) : Bar se trouvait en effet sur le chemin à suivre pour gagner de la Thuringe les États du roi des Francs ; c'était déjà à cette époque une cité assez importante pour avoir donné son nom à un pagus appelé à devenir, dans la suite,

le comté du Barrois un tiers de sou d'or des dernières années du vie siècle, frappé à Naix, porte l'inscription : NASIO VICV IN BARRENSE.

Quoique d'une importance supérieure à celle des nombreux vicus de la région, le Bourg de Bar est cependant demeuré peu connu jusqu'à la fin de l'époque carolingienne.

 

 

Le comté de Bar se forma vers le milieu du Xe siècle, sur la frontière occidentale du duché de Haute-Lorraine nouvellement constitué. Il doit son origine au Puissant duc Frédéric, neveu de l'empereur Othon 1e r et beau-frère du futur roi Hugues Capet, par sa femme Béatrice.

En 961, Frédéric fit construire le Château au sommet du promontoire qui commande le Bourg à l'O. ; cette forteresse était destinée à assurer le pays contre les incursions des Champenois ; c'est pourquoi, dit. la chronique de Saint-Mihiel, on appela ce fort Bar : quod barrum, quasi barrum nominavit. Telle était l'étymologie populaire du nom de Bar, bien que ce pays se soit appelé Barrois longtemps avant l'érection de cette nouvelle barrière.

 

Le Bourg fut entouré dans le mime temps d'une enceinte fortifiée ou fermeté : trois portes et quatre ou cinq tours s'échelonnaient le long de cette enceinte ; la porte Houdry, la porte du Bourg et la porte Notre-Dame ou Tête-Fendue.

La montagne de Bar, le Bourg et Bar-la-Ville étaient alors du domaine épiscopal de Toul. Saint Gérard se plaignit à l'empereur Othon de l'usurpation du comte Frédéric, qui se vit contraint, par transaction conclue en 973, à céder ses droits sur les riches abbayes de Saint-Dié et de Moyen-Moutier en échange du territoire dont il s'était emparé.

A l'intérieur du château existait, dès 992, l'église dédiée à Saint-Maxe et qui deviendra plus tard la célèbre collégiale de ce nom. — A l'E. du château, se groupèrent des habitations qui furent l'origine de la Ville-Haute.

 

La Neuve-ville, les faubourgs d'Entre-deux-Ponts, de Marbot et de Véel se formèrent successivement du XIème au XIVme siècle.


Par sa situation et ses enceintes solidement défendues, Bar fut, jusqu'à la fin du XVII siècle, la principale citadelle du pays lorrain sur l'extrême frontière lorraine et sur la route de France. Aussi, pendant la dernière moitié du moyen âge et une partie de la période moderne, l'histoire de celte cité est-elle par-dessus tout l'odyssée d'une place de guerre.Marbot et de Véel se formèrent successivement du XIème au XIV siècle.

En 1036, sous la comtesse Sophie, Eudes de Champagne surprit la forteresse ; mais il dut l'abandonner presque aussitôt, à la nouvelle que l'empereur arrivait à Saint-Mihiel. L'année suivante, il reprit Bar ; alors Gothelon, duc de Basse-Lorraine vint l'attaquer : il le chassa de la ville et lui livra une bataille sanglante en un lieu nommé Honol que l'on croit être Neuville-sur-Orne. Cette bataille, où le comte Eudes périt, dans la mêlée, fut appelée par le chroniqueur Hugues de Flavigny la journée désastreuse et déplorable du château de Bar (novembre 1037).

 

En 1113, le comte Renaud, cet intrépide batailleur qui fait songer aux héros de nos chansons de geste, attire sur lui par ses incursions dans le Luxembourg et dans l'évêché de Verdun, la colère de l'empereur Henri V. Une armée impériale vient assiéger Bar. Le château est pris d'assaut et le comte fait prisonnier.

 

Dans le cours du XIIIème siècle, sous les comtes Henri II (1214-1210) et Thiébaut II (1240-1291), les affranchissements furent nombreux dans tout le Barrois. Le chef-lieu lui-même, obtint, ses premières franchises par une charte donnée par Henri II en août 1234. — Ce document est un règlement intervenu entre le comte et les habitants de Bar, fixant le chiffre de certaines impositions, de certaines amendes qui, auparavant, demeuraient à la volonté du seigneur ; sans annoncer encore l'affranchissement de la commune, cet acte, du moins, pose les limites des droits seigneuriaux. Les habitants n'ont point encore le droit d'élire le mayeur et les douze jurés chargés d'administrer la communauté ; mais déjà les treize bourgeois désignés par le comte ont la faculté de choisir parmi eux le mayeur ; c'est, on le voit, un premier pas vers l'émancipation. (Maxe-Werly).

 

 

Le comte Henri III, ayant déclaré la guerre au roi Philippe-le-Bel et ravagé les frontières de Champagne, fut attaqué par les troupes françaises et fait prisonnier près de Louppy-le-Château. Conduit en captivité à Bruges, il n'obtint sa liberté qu'après avoir signé le traité dit de Bruges (4 juin 1301). — Aux termes de ce traité, le comte de Bar faisait à perpétuité hommage-lige au roi de France en se reconnaissant son vassal pour toute la partie du Barrois située sur la rive gauche de la Meuse, partie appelée depuis le Barrois mouvant ou la Mouvance. On sait avec quelle persistance les successeurs de Philippe-le Bel cherchèrent toujours à se prévaloir du traité de 1301 pour s'immiscer dans les affaires intérieures de la province, sans jamais laisser échapper l'occasion de faire cruellement sentir le poids de leur suzeraineté aux souverains du Barrois.

 

Le long règne de Robert-le-Magnifique (1352-1411) fut marqué à son début par l'érection du comté de Bar en duché (1354). En 1372, l'enceinte fortifiée du Bourg s'agrandit pour y enserrer la Neuve-Ville, parvenue à tout, son développement : les travaux furent mis à la charge des habitants, sans coûter un denier au trésor ducal.

 

A cette époque, la capitale du Barrois a acquis beaucoup d'importance ; son château-fort a reçu sa double enceinte ; ses moyens de défense sont complets ; il est alors la demeure préférée de nos princes et le siège de l’administration du duché.

 

En -1415, le duc Édouard périt à Azincourt avec l'élite de la noblesse, où se trouvaient aussi son frère Jean et son neveu Robert. Cette catastrophe de la Maison de Bar laissait le duché au cardinal Louis, qui réunit à Saint-Mihiel les trois États du Barrois (-13 août 1119), et déclara renoncer à son titre de duc en faveur de son petit neveu, René d'Anjou.

En 1440, Antoine de Vaudémont tenta de s'emparer de la Ville-Haute et du château de Bar : il rut repoussé par Louis d'Anjou, et en se retirant, il brûla Longeville et causa toutes sortes de ravages dans le Barrois. — Incendié eu 1469, le château n'était pas encore réparé, quand, en 1475, le roi Louis XI y jeta une garnison française, sous prétexte de la défendre contre Charles le Téméraire. René II put obtenir la restitution momentanée de la place en juin 1476. — Au mois d'août 1479, Louis fit de nouveau occuper Bar par un corps de troupes sous les ordres de Henry de Neufchâtel. Elles y demeurèrent cinq ans, durant lesquels les fortifications furent améliorées et les Armes de France appliquées sur différents points de l'enceinte. Après la mort de Louis XI, le duc de Lorraine réclama la restitution définitive du territoire extorqué à René d'Anjou. Après de longues négociations, Guillaume de Haraucourt et Gérard d'Auvillers reprirent possession du château, au nom de René II, au mois d'avril 1485. La garnison française ne s'était pas plutôt acheminée vers la Champagne qu'elle reçut, de la régente Anne de Beaujeu l'ordre de rentrer dans Bar. Elle trouva les portes fermées et elle dut rétrograder devant l'attitude des Barrisiens déterminés à défendre leur cité.

 

A ces vicissitudes succédèrent bientôt des relations de bon voisinage entre les princes lorrains et les rois de France. François Ier vint à Bar le 23 août 1517, tenir sur les fonds de baptême le fils ainé du duc Antoine, et en 1534, pour conférer avec le landgrave Philippe de Hesse, représentant des princes protestants d'Allemagne. En 1559 François II et Marie Stuart y assistèrent à des fêtes brillantes. En 1564, Charles IX s'y rendit pour être le parrain du fils aîné du duc Charles III. La reine-mère et la cour entière accompagnaient le roi. Il y eut triumphes et tournois en place de devant Saint-Pierre auxquels prit part la noblesse des deux États. Conformément à l'usage suivi en France dans les cités où le roi faisait sa première entrée, le grand-aumônier, Jacques Amyot, fit ouvrir les prisons de la ville. Cet acte de souveraineté offensa le duc, qui se plaignit vivement an roi. Ses protestations furent le point de départ de laborieux pourparlers d'où sortit, en 1571, le traité entre les deux couronnes, connu sous le nom de Concordat du Barrois. On sait que cet acte constata les droits régaliens des ducs sur le bailliage de Bar, sauf la mouvance de la couronne de France.

 

Le 6 septembre 1589, Bar, qui tenait le parti de la Ligue, fut attaqué sur l'ordre de Henri IV par quelques compagnies royalistes appartenant aux troupes du maréchal d'Aumont. Le capitaine d'Yvernaulmont, qui commandait ce détachement, put s'introduire dans la Ville-Haute, grâce à des intelligences qu'il avait parmi la population mais il en fut chassé trois heures après par les Ligueurs. Deux bourgeois de Bar, convaincus de connivence avec les royalistes, furent pendus et écartelés et deux condamnés à de fortes amendes ; d'autres prirent la fuite. Les témoignages contemporains attestent le courage des habitants, dont plusieurs trouvèrent la mort dans cette affaire.

Il existe, de la fin du règne de Charles III, une foule d'ordonnances sur Bar. Presque toutes sont financières et ont pour but de rétablir des impôts tombés en désuétude « de faire ressouvenir ceulx qui feignent en avoir perdu la mémoire et leur oster prétexte d'ignorance. »

Le 2 août 1607, Charles III ratifia un concordat passé entre Metz et Bar, autorisant les habitants de ces villes à posséder et à commercer, sur les deux territoires, sans être soumis à d'autres charges que celles exigées des indigènes. C'est là, pour Bar, un des derniers actes de ce prince que l'histoire a surnommé le Grand et que ses sujets appelaient le Père de la Patrie. Malheureusement la prospérité dont il avait fait jouir les deux duchés pendant un règne de plus d'un demi-siècle, devait être bientôt compromise, anéantie par la politique de ses successeurs.

Bar revit de mauvais jours. De 1632 à 1652, il fut pris et repris cinq fois : il vit se succéder dans ses Murs les garnisons, tantôt lorraines, tantôt françaises, mais toujours traînant avec elles les mêmes brigandages, sans une année, sans un jour de répit.

Le 18 juin 1632 Louis XIII, campé à Vaubecourt, fit sommer le commandant du château de Bar d'avoir à faire sa soumission. Sans troupes, sans munitions, la ville était incapable de se défendre : elle ouvrit ses portes le 21 juin l'armée française, et dut subir pondant près de dix années des violences et les exactions de, la soldatesque royale. Délivrés de des hôtes incommodes en 1641, après le traité de Paris, connu sous le nom de la Petite-Paix, les habitants respiraient à peine, que la déloyauté de Charles IV ramenait les Français dans leurs murs (13 août 1641). — Nouvelle occupation, jusqu’au jour où, dans sa rapide et brillante campagne de 1650, le comte de Ligniville vint hisser les couleurs lorraines au sommet de la tour Vuléran, (5 octobre). Reprise le 26 décembre de la même année par La Ferté, à, qui cette conquête valut le bâton de maréchal de France, la ville retomba le 19 novembre 1652 aux mains des Lorrains et des généraux de la Fronde.

Le cardinal Mazarin donne immédiatement l'ordre à Turenne de rentrer en possession de cette place. Il le renforce du corps de La Ferté et accourt assister aux opérations du siège. C'est sur les remparts du Bourg que se porte tout d’abord l'effort des assaillants : la Ville-Basse est emportée d'assaut le 7 décembre, malgré la vigoureuse résistance des assiégés. L'armée royale attaque ensuite la Ville- Haute : de ce côté, la défense est bien autrement opiniâtre. Enfin, après douze jours d'un bombardement continuel, la garnison est obligée de se rendre au Cardinal, faute de pouldre, dit la chronique (19 décembre)

 

C’est là le dernier épisode militaire et l'un des plus mémorables de l'histoire de Bar. — Le traité de Vincennes (27 février 1661) rendit; à Charles IV la jouissance de ses Etats. Mais neuf ans plus tard, l'incorrigible mauvaise foi du duc épuisait définitivement la patience de Louis XIV. Le maréchal de Créquy, entré en Lorraine au mois de septembre 1670, s'emparait presque sans coup férir de toutes les places fortes du pays. Le 30 octobre arrivait l'ordre du roi de France de raser immédiatement les fortifications de la ville et du château de Bar. Trois mois après (fin janvier 1671), le démantèlement était terminé, et de ces antiques murailles, témoins de tant de combats, il n'est demeuré que la Tour de l'Horloge.

 

Le traité de Ryswick (1697) replaça le duc Léopold sur le trône de ses ancêtres et inaugura pour le Barrois, comme pour la Lorraine tout entière, une ère de prospérité particulièrement remarquable. L'aisance reparut à Bar-le-Duc, grâce à l'établissement des tissages et des tanneries et au flottage des bois ; — du côté de la plaine, sur l'emplacement et hors des remparts démolis, on vit s'élever les boulevards et quartiers de la Rochelle et des C1ouyères (de la Banque). — Plus tard, quand, devenue française, la ville entendit le cri d'alarme de l'Assemblée législative, elle envoya en masse ses enfants à la frontière, et plusieurs s'illustrèrent dans les guerres de la République et du Premier Empire.

 

 

 

Institutions. — A la tête de l’administration barisienne figurait la Chambre des Comptes, conseil des souverains absolus du Barrois, que l'on connait dès le XIII ème siècle sous la qualification de curia barrensis, et dont l’organisation fut précisée et complétée par René d'Anjou (1154-1459). — Cette Chambre se composait. d'un doyen, de dix conseillers, d'un procureur-général, d'un avocat-général et d'un secrétaire-greffier. Ses offices ne se finançaient point, ils étaient conférés par le prince à des gradués, qui devaient être de race noble, et avoir au moins vingt-cinq ans. On vit quelquefois cependant des roturiers s'asseoir sur ses bancs. Elle avait dans ses attributions, l'enregistrement des ordonnances des ducs et des lettres de noblesse, l'entérinement des lettres de foi et hommage, la vérification des comptes de tous les agents des finances, la répartition des impôts, etc., etc. Elle jugeait souverainement de toutes les affaires domaniales, ce qui l'a fait considérer - à tort - par quelques auteurs, comme la Cour suprême de justice du duché.

 

C'était le bailli qui prononçait en dernier ressort sur toutes les affaires correctionnelles ou criminelles. Ce fonctionnaire était toujours un grand personnage. Il avait la préséance sur le président de la Chambre des comptes. Après le traité de Bruges, on appelait des sentences du bailli de Bar à Sens, puis dans la suite à Paris. Quant aux affaires civiles, c'étaient les grands jours de Saint-Mihiel ou le parlement de Paris qui décidaient souverainement.

 

Bar fut bien quelquefois le siège des assises, mais seulement quand celles-ci furent rendues ambulatoires. Dans des temps plus modernes, Bar fut le chef-lieu d'un bailliage : nous en avons donné plus haut la circonscription.

Nous ne savons rien de l'organisation municipale de Bar au moyen-âge. Au XVIème siècle, la ville était divisée en quartiers ou carrefours, ayant chacun un syndic. Tous les trois ans, chaque quartier, alternativement, présentait à l'assemblée générale des citoyens réunis sous les ormes devant Notre-Dame, la, candidature des officiers municipaux, c'est-à-dire du maire, du procureur syndic, du contrôleur, du receveur et du greffier. Ceux-ci administraient seuls, sans conseil, mais ne pouvaient engager la ville sans le concours des députés des carrefours.- En 1629, le duc Charles IV modifia cette institution, en créant un conseil de ville composé d'un maire et de douze conseillers dont deux ecclésiastiques, le prévôt de Bar, deux « nobles, et les sept autres du tiers estat, pour demeurer et vaquer en la dicte charge pendant le temps de trois  ans. » Profondément modifiée par une ordonnance du duc Léopold du 13 septembre 1700, cette organisation subit encore métamorphose sous le régime français.

 

En 1771, l'Hôtel-de-Ville de Bar vit ses charges érigées en offices héréditaires. Il se composa, dès lors, jusqu'à la Révolution, d’un maire royal, de quatre conseillers échevins, d'un conseiller receveur, d'un procureur du roi, d'un secrétaire greffier, d'un commissaire de police et de quelques bas officiers.

 

Les coutumes de Bar rédigées, dès l'an 1507 par » ordonnance des trois estats, gens d'église, nobles et commun, assemblés pour ce faire, » furent révisées en 1571. Mais quelques articles du « cayer des nouvelles coustumes rant paru par trop contraires à l'ancienne et louable observance portée au viel cayer », le duc Charles III prescrivit, en 1579, une nouvelle assemblée des trois Etats du Bailliage. Elle s'ouvrit le 1 er octobre 1579, dans le château de Bar, sous la présidence de René de Florainville, en présence du duc, et produisit, après treize jours de débats, un nouveau cahier qui fut homologué, dès le lendemain 14 octobre, par Charles III. On connaît des coutumes de Bar trois éditions : la première sans lieu ni date d'impression, mais très certainement de 1580 ; la seconde donnée à Nancy en 1599, fort inférieure à la première ; la troisième, imprimée à Saint-Mihiel par Dubois, en 1623, est la plus complète et la plus belle.

Jean le Paige conseiller de la Chambre des comptes a donné un commentaire de ces coutumes. I1 en a paru successivement trois éditions, en 1691, en 1712 et en 1783.

Cette dernière est la plus estimée.

 

Les armoiries de Bar-le-Duc étaient : d'azur à deux bars adossés d’or, l'écu semé de croisettes potencées et contre-potencées au pied fiché d'or, pour le duché de Bar accolé d'argent à trois pensées (2 et 1) feuillées et tigées au naturel, pour la ville. Devise : PLVS PENSER QVE DIRE.

 

De 1790 à1801 la ville de Bar-sur-Ornain a formé, avec ses faubourgs, un canton divisé en deux sections : ville basse et ville haute, ayant chacune un juge de paix.  Au rétablissement du culte après le Concordat de 1801, le doyenné de Bar-le-Duc a été reconstitué avec dix paroisses, dont trois pour la Ville. Les fêtes patronales de ces dernières celles de Saint-Antoine (17 janvier), Notre-Dame, 15 août) et Saint-Étienne (26 décembre).

Une nouvelle paroisse a été érigée en 1875 sous te vocable de Saint-Jean-devant-la-Porte-latine (6 mai).

 

Monuments. — On remarque à la ville haute, l'église Saint-Pierre, dont le beau portail et la façade sont du XVème siècle. C'est dans cette église que se trouve le fameux Squelette. Il fait partie du mausolée de René de Châlon, prince d'Orange, tué en 1544 au siège de Saint-Dizier. Ce monument, autrefois à l'église St-Maxe, se compose d'un autel de marbre noir, sur lequel est debout un squelette en pierre blanche tenant un cœur dans la main gauche : des muscles desséchés, des chairs tombant en lambeaux, tout un cadavre en dissolution, forme cette Statue de la Mort si digne d'être vantée, et d'une vérité si effrayante. Elle est due au ciseau du célèbre Ligier Richier, auteur du Sépulcre de Saint-Mihiel. Dans la nef, en face de la chaire, un Christ entre les deux Larrons, est attribué au même artiste.

Sur la même place Saint-Pierre, une jolie maison du XVIème siècle, qui fut longtemps l'Hôtel-de-Ville, a été très heureusement transformée en Musée. De belles maisons à façades sculptées (XVIème et XVIIème siècles), et le vieux collège Gilles de Trèves avec sa galerie de la Renaissance, embellissent la ville haute.

A la ville basse, on admire le magnifique transept de l'antique Notre-Dame, l'église St-Antoine (XIVème siècle), sous laquelle passe le canal des Usines, l'église St-Jean en style byzantin, inachevée. La gracieuse façade du théâtre, immeuble dans lequel se trouve installé le Café des Oiseaux, remarquable par ses belles collections, la caisse d'épargne, la préfecture, (ces deux dernières reconstruites en 1906) et le château de Marbaumont, sont les principaux édifices modernes. L'Hôtel de Ville et son beau parc sont une ancienne propriété du maréchal Oudinot. On remarque en outre sur les places de la Ville, les statues en bronze des maréchaux Oudinot de Reggio et Exelmans, le monument des Enfants de la Meuse et celui de l'inventeur du -vélocipède à pédales, Michaux.

Enfin, dans un square, se trouve la statue Pradier, et dans le jardin de l'hospice on voit le buste du docteur Champion qui s'est distingué pendant l'épidémie cholérique de 1854.

 

Industrie, commerce. Bar était, au siècle dernier, une cité essentiellement manufacturière. L’industrie cotonnière y a assez longtemps rivalisé avec les centres les plus importants de l'Alsace et du Nord. C'est en 1765 que s'y établit la première manufacture. Vingt ans plus tard, il y en avait quatre, et, en 1787, l'Assemblée provinciale de Lorraine et Barrois appelait sur elles l'attention et la bienveillance du roi. En 1791, l'Assemblée du département de la Meuse inscrivait, dans son budget, une somme de 3,000 livres à titre d'encouragement aux fabricants. Il y avait alors à Bar 250 métiers de toiles de coton et siamoises, et 130 métiers à bas. Les cotons employés se filaient, presque tous dans la ville. Aujourd'hui, les filatures, tissages, fabriques de corsets sans coutures et autres industries qui occupaient, il y a 50 ans, près de 3.000 ouvriers, et dont les produits ont figuré avec honneur à nos grandes expositions, sont à peu près totalement tombées. La vente des grains est devenue, depuis 1851, une branche de commerce qui prendrait plus de développement encore si les transactions y avaient lieu d'une façon plus commode et plus régulière. — Les confitures de groseilles de Bar sont célèbres avant la Révolution, on en faisait annuellement de 40.000 à 50.000 pots qui se vendaient 7 ou 8 livres la douzaine ; aujourd'hui la fabrication annuelle atteint 500.000 pots. Les vignobles du Barrois ont un instant recouvré leur ancienne réputation ; malheureusement ils semblent menacés actuellement d'une disparition prochaine.

Nous ne nous arrêterons pas sur le commerce de détail, commerce comble, mais local. Nous citerons deux grandes brasseries quatre imprimeries, une fonderie, trois tissages mécaniques, une fabrique d'orgues, deux moulins de commerce, trois scieries mécaniques, des tanneries, des corroieries, deux ateliers de constructions mécaniques, et; aurons ainsi mentionné tout ce qu'il y a d'important dans le commerce et l'industrie actuels.

Foires : 22 janvier jeudi après l'Ascension, 3 novembre.

Foire de mai, les marchands ambulants et directeurs die baraques foraines, du jeudi avant la Pentecôte au lundi de la trinité.

 

Écarts. — .Marbot, hameau qui existait dès le XIIème siècle, devenu un faubourg de Bar-le-Duc. — Popey, à 2 kil. 5 de la ville, ferme l'emplacement de laquelle était établie la Maladrerie Léproserie de Bar-le-Duc. — Le Chêne, ancienne maison de chasse des princes.

Trois châteaux avec parcs, à proximité de la ville.

Autres fermes Pilviteuil à 1 kil.de la ville,— Saint-Roch, à 3 km.,— Sainte Anne, à 1 kil.

Maisons forestières : La Vierge, à 3 km 5,-1a. Croix-Rouge, à 3km 8, Maestricht, à 2 kil., — Fédération (maison de garde), à 3 kil.

Maisons isolées : Parlemaille, à 1 kil., Clos-Baudin (cimetière), à/1 k 5 - Four à chaux, à 1km 2.

 

 

Extrait de l’ouvrage « Département de la Meuse : géographie physique, économique et administrative par H. Lemoine, » - 1909.

 



09/01/2018
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