La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Dieuze

DIEUZE (DECIMA) en 1843 : ville de l'ancien duché de Lorraine, non loin de l'étang de Lindre, dans une plaine arrosée par le Verbach, le Spin et la Seille, routes départementales n°5 de Nancy à Landau, n°10 de Dieuze à Saint-Avold, et chemin de grande communication de Dieuze à Morhange, à 45 kms de Nancy, 20 kms de Château-Salins, chef-lieu de l'arrondissement. Population : 3895 habitants, 245 électeurs censitaires, 23 conseillers municipaux, 840 feux. Nombre d'enfants : 610 en hiver ; 231 en été. Surface territoriale : 409 hectares en terres labourables, 192 en prés, 204 en bois. L'hectare semé en blé peut rapporter 24 hectolitres, en orge 30, en seigle 24, en avoine 32. On y élève surtout des vaches et des porcs et on s'y livre principalement à la culture des céréales et des pommes de terre. Ecart : Essard.

Dieuze est un chef-lieu de canton ; il y a un collège communal auquel est annexé une école primaire supérieure. Malgré les difficultés qui s'opposent à la formation d'une école de ce genre, en raison du voisinage de Vic et de Château-Salins, M. Dauphin, principal du collège, est déjà parvenu à réunir 30 élèves dans celle qu'il dirige avec un zèle et un talent remarquables. C'est le plus grand nombre qu'on y ait encore vu ; les années précédentes ils n'étaient que de 10 à 15. Dieuze est le siège d'une justice de paix, d'une inspection forestière ; il y a : bureau et relais de poste, brigade de gendarmerie à cheval, bureau d'enregistrement et des domaines, gîte militaire, synagogue, deux hospices.

 

 

Ancienne population : 1710, 285 habitants, 48 garçons de plus de 16 ans ; 1802, 3114 habitants, 750 feux ; 1822, 5823 habitants, 825 feux. — En 1594, Dieuze était chef-lieu d'une châtellenie et d'une prévôté, bailliage d'Allemagne ; 1751, chef-lieu d'un bailliage et d'une maîtrise, généralité de Nancy, coutume de Lorraine ; 1790, chef-lieu de district et de canton. — Religion : Diocèse de Metz.

Le plus ancien titre où il soit fait mention de Dieuze est un diplôme de l'an 633, par lequel le roi Dagobert donne à l'abbaye de Saint-Maximin, de Trèves, huit villages qui dépendaient de sa cour royale de Décima. Un autre diplôme du roi Arnould, sous la date de 893, confirme cette donation. Cette ville n'était, au VIIe siècle, comme au IXe, qu'une habitation royale temporaire qu'on nommait Décima. On sait qu’à cette époque les demeures royales étaient ordinairement établies au milieu des champs, et qu'autour d'elles venaient se grouper les habitations des artisans et des serfs chargés d'en faire valoir les dépendances. Telle fut probablement l'origine de Décima ou Dieuze, comme d'un grand nombre de nos bourgs. Un autre motif, l'exploitation des sources salées, devait encore y attirer quelque population, et, dès le VIIe siècle, elle devint le chef-lieu du Salinen sis Pagus ou pays Saulnois. Dans le récit que traçait, en 775, Paul Diacre, des affreux ravages que l'armée d'Attila avait commis dans la Gaule-Belgique en 451, cet écrivain ne fait point mention de ce pagus ou bourg de Décima, qui, sans doute, n'existait pas au Ve siècle, ou qui n'était qu'un hameau sans importance.

Au XIe siècle, Dieuze avait acquis déjà une certaine importance. En 1216, le duc Thiébaut, de voué qu'il était de Dieuze et des salines, en devint propriétaire pour la plus grande partie. 

En 1317, la ville de Dieuze obtint du duc Jean des lettres patentes d'établissement d'un octroi pour l'entretien de ses murs d'enceinte. Elle est appelée Dieuze dans ce titre, où l'on remarque qu'elle était déjà considérable à cette époque, et que le prince voulait en favoriser l'accroissement.

En 1575 et en 1624, les ducs Charles III et Henri II ajoutèrent, par lettres patentes, au nombre des foires dont leurs devanciers avaient autorisé la tenue dans la ville de Dieuze, et il y en eut jusqu'à cinq.

A la fin de la guerre de Trente Ans, l'état de dépopulation, à peu près commun à toute la Lorraine, attira, vers 1663, l'attention du gouvernement français ; plusieurs familles de Picards, envoyées dans la châtellenie de Dieuze, s'établirent dans les villages abandonnés, et, en 1697, on en comptait plus de 40. Leur origine n'était pas encore oubliée dans le canton, longtemps après la réunion de la Lorraine à la France, et les indigènes ne voyaient pas de bon œil ces étrangers, dont l'établissement au milieu d'eux était un souvenir toujours présent des maux innombrables sous le poids desquels nos pères avaient gémi pendant plus de 60 années du siècle précédent. Cette colonisation explique pourquoi la langue allemande n'est plus parlée dans des localités dont les noms sont allemands, quoique plus ou moins altérés par la prononciation française.

Il parait que l'usage de la langue française était encore peu répandu à Dieuze vers la fin du XVIe siècle, car, en 1593, ses habitants refusèrent de recevoir un curé parce qu'il ne parlait pas allemand. En 1603 la justice de cette ville ordonna qu'il ne fût plus plaidé qu'en français à sa barre ; mais, malgré ce règlement, on continua d'y produire, et on y produisait encore en 1632, des actes rédigés en allemand, C'est surtout à cette communauté de langage avec la terre natale du Luthéranisme qu'il faut attribuer les dispositions favorables à l'invasion des Rustauds, qu'avaient manifestées, un siècle auparavant, les paysans des environs de Dieuze.

Ainsi que nous l'avons dit, Dieuze était le chef-lieu d'une châtellenie et d'une prévôté qui comprenait, en 1696, 52 villages, dont quelques-uns étaient enclavés dans les limites des prévôtés voisines, et réciproquement.

Dieuze contenait, en 1778, environ 300 maisons occupées par 500 ménages. La ville fit amener, par une file de tuyaux, en 1776, les eaux d'une source qui est du côté de Vergaville, et qui fournit à plusieurs fontaines. La paroisse s'étendait anciennement sur différents villages des environs : la cure fut unie au chapitre de Dieulouard, en 1504.

La contrée formant ce qu'on appelait la châtellenie de Dieuze, fut souvent, à la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, le théâtre des exécutions terribles auxquelles l'accusation de sorcellerie donna lieu alors en Lorraine

Mais Dieuze est moins remarquable encore par les souvenirs historiques qui s'y rattachent que par le magnifique établissement industriel que cette ville possède. Son organisation, sur une vaste échelle, ne remonte pas à une époque très-éloignée, et les premiers titres où il soit question des salines de Dieuze, ne vont pas au-delà du XIe siècle.

 

 

Au commencement du siècle dernier, la source s'était dérangée et elle était presque perdue. On rétablit le puits en 1709 et, depuis lors, elle n'a cessé de donner en abondance. La grande mesure du sel était le muid ; il contenait 16 vaxels, le vaxel, 16 pots. Indépendamment des fermiers, il y avait, dans les salines de Dieuze et de Château-Salins, des officiers du roi qui avaient différentes fonctions. Le capitaine-gouverneur était le chef de la saline, il veillait à la conservation des droits du roi, à la formation des sels, constatait l'état des bâtiments et les variations de la source. Le tailleur était le second-juge : ses fonctions consistaient à faire la réception et la visite des bois, à vérifier le cordelage et l'emploi de ceux qui se consommaient aux salines. Le trieur, troisième juge, était présent au transport des sels dans les magasins, vérifiait le nombre de muids, tenait registre des délivrances, rabattait et triait - sur fer le sel mis dans le vaxel. Le boutavant, quatrième juge, était celui qui mettait le sel dans le vaxel en le fouettant avec une pelle légère ; il était présent au partage des sels et tenait registre des délivrances. L'aide-boutavant mettait le sel au vaxel par la gauche ; mais il n'était pas juge et ne tenait point de registre ; enfin, le greffier. Ce corps de justice était fort ancien et il avait une juridiction très-étendue : les officiers avaient été créés héréditaires en 1725. Les appels de leurs jugements se portaient à la chambre des comptes. Il y avait, dans les salines, des directeurs, receveurs et autres officiers et employés par les entrepreneurs de la formation des sels ; mais ils n'étaient pas de la juridiction. La réformation pour l'administration générale des bois affectés aux salines de Dieuze était composée d'un commissaire, de deux subdélégués, d'un procureur du roi, d'un receveur-greffier, d'un greffier-commis et d'un arpenteur.

Les grandes constructions qu'on a faites à la saline de Dieuze remontent à 1795. En 1816, elles étaient à peu près tombées en ruines, et furent remplacées par six grands ateliers élevés entre 1817 et 1822.

Quant à la fabrication de produits chimiques, elle fut établie dans la saline en 1802.

Aujourd'hui, l'établissement connu sous le nom de Saline de Dieuze, comprend trois établissements distincts ; une saline proprement dite, une fabrique de produits chimiques et une fabrique d'acide sulfurique. Les deux premiers établissements sont situés dans une même enceinte, close de murs et de palissades. L'enceinte du troisième est fermée par des palissades.

La saline de Dieuze, y compris quelques terrains laissés en dehors des clôtures, occupe une superficie totale de 26 hectares 74 ares 87 centiares.

Outre les ateliers de fabrication et les magasins de sel et des divers produits chimiques, les bâtiments consistent, notamment : en ateliers de maréchalerie, de charpenterie et de tonnellerie, et en maisons d'habitation servant au logement du directeur et des principaux agents attachés au service de l'établissement. Il existe encore, dans divers bâtiments, de nombreux logements d'employés et d'ouvriers.

Les magasins de la saline de Dieuze peuvent contenir 190000 quintaux de sel, et 10000 quintaux de produits chimiques de toute nature.

Une ordonnance royale, du 12 septembre 1841, a concédé, pour être attachés à cet établissement, tous les gîtes salifères, sources et puits d'eau salée existants dans un territoire de 19 kilomètres carrés.

Le sel raffiné se vend principalement dans la Meurthe, la Meuse, la Moselle, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, les Vosges, la Haute-Saône et la Haute-Marne. On en vend, en outre, une certaine quantité dans les Ardennes, la Marne, l’Aube, Paris, en Suisse, dans la Prusse-Rhénane et le pays de Luxembourg. Les verreries, glaceries et cristalleries de la Meurthe et de la Moselle, les fabriques d'indiennes et les blanchisseries du Haut-Rhin et de la Suisse, les papeteries de la Meuse et des Vosges, les fabriques de ferblanc, et divers autres genres d’industries dans la Marne, l'Aube, le Bas-Rhin, le Doubs, la Haute-Saône, à Paris, et enfin dans la Prusse et dans la Bavière-Rhénane, forment les principaux débouchés des produits chimiques de la grande usine de Dieuze.

D’après l’ouvrage le « Département de la Meurthe » par Henri Lepage -1843.

 

 

Dieuze fait partie du territoire cédé à l'Empire allemand en 1871, territoire qui deviendra le Reichsland Elsass-Lothringen. Pendant l'annexion allemande, la commune fait partie de l'arrondissement de Château-Salins. Après-guerre, l'ancienne commune de la Meurthe reste dans le département de la Moselle. En 1924, la ville est décorée de la croix de guerre.

A partir de 1885 la saline de Dieuze est consacrée non seulement à l’exploitation du sel de table mais de plus en plus à l’extraction du sel gemme.

La production du sel s’arrête définitivement en 1973.

 

 

 



18/05/2020
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