La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Fiauves de la Meuse - Dans le cochon, tout est bon

Typiquement de chez nous, les fiauves sont des historiettes évocatrices qui vous reviennent, comme ça, quand on parle d’autre chose ou quand un récit rappelle un souvenir.

« Oui, c’est comme la fois où le Jules avait voulu dormir à tout prix avec la Mémaine… ! »

Proches des fabliaux du Moyen-Age, plus courtes que le conte, moins morales et moins structurées, elles paraîtront banales aux gens de la ville, mais elles nous réjouissent par ici, car elles sont le reflet d’un âge où les choses étaient plus naturelles et où les gens vivaient simplement...

Généralement, c’était la mémère qui assurait le service à l’auberge des Chasseurs et sa bru qui faisait la cuisine. Une cuisine goûteuse à souhait même si elle était fondée, surtout, sur les patates et le cochon.

Mais voilà... Ce jour-là, la mémère n’était pas bien. Elle avait le frôyon ! Vous ne savez pas ce que c’est ? Alors vous avez de la chance car c’est particulièrement douloureux. Le frôyon, c’est une irritation du sillon fessier provoquée par une marche prolongée sous la chaleur, une affection qui touche essentiellement les personnes de forte corpulence. Cela se soigne avec la crème de la dernière visite du médecin, ou bien encore de la graisse à traire. Mais, ici, on préfère encore le saindoux qui soulage bien mieux, même s'il sent un peu les rillettes !

Il devait être 4 heures de l’après-midi ou environ et, justement, deux chasseurs, le fusil cassé sous le bras, venaient de s’arrêter devant la porte de l'établissement avec le souci de casser une petite croûte après une journée au grand air. En habitués des lieux, ils étaient passés par l’ancienne écurie où ils s'étaient débarrassés de leurs bottes, crottées par l’argile grise des chemins.

« Ho ! Y a quelqu’un ?

On arrive... On arrive ! promit une voix de femme depuis la cuisine odo­rante.

- On la saute, Françoise ! Fais-nous donc ton omelette au lard !

- Ah ça ! Je peux vous donner une chopine et vous faire une bonne omelette, mais je n’ai plus du tout de lard... »

Le second chasseur parut contrarié puis s’illumina soudain.

« Ben... t’as qu’à prendre la couenne qui est pendue à la poutre de l’écurie ! »

Pratique, la Françoise fît comme on le lui suggérait. La couenne est plus grasse que le lard, mais « chasseur affamé n’est guère regardant » !

Elle régala les deux hommes d’une omelette baveuse à souhait et ils finirent par déclarer, l’œil humide de reconnaissance, qu’il y avait beau temps qu'ils n’avaient mangé une omelette aussi savoureuse.

C’est à ce moment-là que la mémère entra dans la salle commune et demanda, à la cantonade, qui avait bien pu lui piquer sa couenne à frôyon...

 



12/11/2018
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