La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

François de BASSOMPIERRE (1579 - 1646)

 

 

 

 

 BASSOMPIERRE (François de), maréchal de France, et l’un des hommes les plus brillants et les plus aimables qui aient joué un rôle sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII, naquit en Lorraine, le 12 avril 1579, d’un rang illustre, et descendait d’une branche de la maison de Clèves. Après avoir voyagé en Italie et dans le royaume de Naples, il parut à la cour d’Henri IV, où son goût pour le faste, le jeu et la galanterie le firent rechercher. Bassompierre figura dans les fêtes et les amusements de la capitale ; il ambitionna ensuite des succès plus solides, et fit avec distinction ses premières armes en 1602, dans la guerre contre le duc de Savoie. L’an­née suivante, il se signala en Hongrie, où il servit contre les Ottomans dans l'armée impériale, commandée par le maréchal Rosworm, général de Rodolphe II. Son penchant pour la France l’y ramena après cette expédition ; il reparut à la cour, et bientôt son esprit, sa figure, sa naissance et son mérite qui l’appelaient aux premières dignités militaires lui permirent de prétendre à la main de mademoiselle de Montmorenci, fille du connétable, celle dont les écrivains du temps ont célébré les charmes avec tant d’enthousiasme, et qui inspira au bon et faible Henri IV une passion si déraisonnable et si blâmée. « Bassompierre, lui dit un jour ce prince, je veux te « parler en ami ; je suis devenu non-seulement « amoureux, mais fol et outré de mademoiselle de « Montmorenci ; si tu l’épouses, et qu’elle t’aime, je « te haïrai ; si elle m’aimait, tu me haïrais : il vaut « mieux que ce ne soit pas la cause de notre « mésintelligence». Bassompierre, cédant aux prières et aux promesses de son maître, renonça à cette alliance. Henri, soulagé, l’embrassa et pleura de satisfaction : mademoiselle de Montmorenci devint princesse de Condé, et la gloire du meilleur des rois reçut une tache ineffaçable. Bassompierre fut fait colonel général des Suisses et Grisons ; mais, conservant à la cour son indépendance, il alliait l’esprit du courtisan à la fierté d’un grand seigneur. A la mort de Henri IV, le duc de Sully vint au Louvre, à la tête de quarante chevaux, et, dans son zèle et sa douleur, il se permit de dire au premier groupe qu’il rencontra dans les appartements : « Messieurs, si le service que vous avez voué au roi, qu’à notre « grand malheur nous venons de perdre, vous est si « avant en l’âme qu’il doit l’être à tous les bons « Français, jurez tous de conserver la même fidélité que vous lui avez rendue, au roi, son fils et successeur ; et que vous emploierez votre sang et « votre vie pour venger sa mort. » Bassompierre lui répondit fièrement : « Monsieur, c’est nous qui faisons « faire ce serment aux autres. » Il exerça, en 1617, la charge de grand maître de l'artillerie au siège de Château-Porcien : il fut blessé à celui de Réthel. En 1620, il se trouva, comme maréchal de camp, au combat du Pont-de-Cé, aux sièges de St-Jean-d’Angeli, de Montpellier, etc. Enfin, en 4622, le roi Louis XIII le fit maréchal de France. La bienveillance que le roi lui portait inquiéta Luynes, le favori en titre ; en conséquence il le fit avertir que la faveur du prince ne souffrait pas de partage, et qu’il ne devait pas songer à rester à la cour, lui donnant le choix d'une ambassade, d’un commandement, d’un gouvernement, pourvu qu’il consentit à s’éloigner. Bassompierre, après quelques hésitations, se détermina pour l’ambassade. Luynes le combla alors de politesses et de remerciements : « Je vous aime, lui dit-il, et je vous estime ; mais le penchant du roi pour « vous me cause de l’ombrage : je suis enfin comme « un mari qui craint d’être trompé, et qui ne souffre pas avec plaisir un homme aimable auprès de sa femme. » Bassompierre fut nommé à l'ambassade d'Espagne, mission que l'affaire de la Valteline, qui se traitait alors, rendait fort importante. En 1628, il fut envoyé en Suisse, et de là en Angleterre ; de retour en France, il se signala d'abord au siège de la Rochelle, où il disputa le commandement de l'armée au duc d'Angoulême ; ensuite au Pas-de- Suze en 1629, et au siège de Montauban, en Languedoc. Bientôt après, toute la cour, toute la France et le roi Louis XIII furent soumis au despotisme du cardinal de Richelieu : le maréchal de Bassompierre s'en fit craindre par son caractère indépendant, sa gaieté hardie, et ses liaisons intimes avec la maison de Lorraine. Richelieu n'attendait que l'occasion de le perdre, et la trouva facilement. Bassompierre entra dans différentes intrigues que le cardinal déjoua et ne manqua jamais de punir avec une barbare rigueur. Il fut arrêté et mis à la Bastille, le 23 février 1651. La princesse de Gonti, Louise de Lorraine, dont il était l'amant et qu'il avait épousée en secret, mourut de douleur en apprenant son arrestation. Malleville, son secrétaire, célébra cet événement dans la touchante élégie qui commence par ces vers :

Lorsque le beau Daphnis, la gloire des fidèles,

Perdit la liberté qu'il ôtait aux plus belles...

Bassompierre, averti du malheur qui le menaçait, avait brûlé, dit-on, plus de 6000 lettres qui auraient compromis les plus grandes dames de la cour. Sa détention dura douze ans ; elle ne cessa qu’à la mort du cardinal. Le quatrain suivant parut à cette occasion :

Enfin, dans l’arrière-saison,

La fortune d'Armand s'accorde avec la mienne,

France, je sors de ma prison,

Quand son âme sort de la sienne.

Le bel esprit anonyme (Pierre Maynard) qui avait imaginé cette plaisanterie y laissa une preuve du mauvais goût du temps, en faisant observer lui- même ce qu'on n’eût pas deviné ; c’est que le vers :

France, je sors de ma prison, contient, à une lettre près, l'anagramme de François de Bassompierre. Lorsqu’il sortit de la Bastille, Louis XIII lui demanda son âge ; il ne se donna que cinquante ans, quoiqu’il en eût plus de soixante. Le roi paraissant surpris : « Sire, répondit Bassompierre, je retranche dix années passées à la Bastille, parce que je ne les ai pas employées au service de Votre Majesté. » Tous les Ana ont rapporté que Bassompierre était devenu fort gros dans cette prison, et que, la reine lui ayant demandé quand il accoucherait, il lui répondit : « Madame, quand « j'aurai trouvé une sage-femme, » demande et réponse d'un assez mauvais genre pour ne faire honneur ni à la dignité d'Anne d'Autriche, ni à l'esprit du brillant et aimable courtisan. On le retrouve mieux dans ses relations avec mademoiselle d’Entragues, sœur de la marquise de Yerneuil. Il lui avait fait une promesse de mariage, et en avait eu un fils, qui mourut évêque. Mademoiselle d’Entragues plaida huit ans pour être reconnue, et se faisait appeler Madame de Bassompierre : « Monsieur, lui dit-elle un jour publiquement, vous devriez me faire rendre les honneurs de maréchale de France, Bassompierre se contenta d'abord de lui demander pourquoi elle prenait un nom de guerre. Vous êtes le « plus sot homme de la cour, reprit en colère mademoiselle d’Entragues. Eh que diriez-vous donc, « répliqua le maréchal, si je vous épousais? » Pendant le siège de la Rochelle, où il commandait, sentant que la prise de cette ville accroîtrait le pouvoir dont abusait déjà le cardinal de Richelieu, il dit aux courtisans ;

« Je crois que nous serons assez fous pour prendre la Rochelle. » Bassompierre avait été forcé de vendre sa charge de colonel général des Suisses au marquis de Coislin, quand on le mit à la Bastille ; cette charge, que possédait alors le marquis de la Châtre, lui fut rendue sous le ministère du cardinal Mazarin : on parlait même de lui pour être gouverneur de Louis XIV ; mais il mourut d’apoplexie, chez le duc de Vitri, dans la Brie, le 12 octobre 1646, à l’âge de 65 ans, vieillesse précoce, que les infirmités, les peines d’esprit et douze années de prison, avaient avancé. Le maréchal de Bassompierre réunissait tous les avantages de la naissance, de la figure, de l’esprit et de la bravoure. Il avait étudié, dans sa jeunesse, avec beaucoup de succès, la phi­losophie, le droit, la médecine, et tout ce qui a trait à l’art militaire ; et ayant eu le temps, pendant sa longue captivité, de réfléchir sur les affaires publiques, il y travailla à divers écrits, dont la publication a jeté un grand jour sur les événements de ce temps-là. 1° Mémoires du maréchal de Bassompierre, depuis 1598 jusqu'à son entrée à la Bastille, en 1631, Cologne, P. Marteau, 1665 et 1692, 2 vol. in-12 ; Amsterdam, 1723, 4 vol. petit in-12, gros caractères. Cet ouvrage, que Bassompierre avait in­titulé : Journal de ma vie, a éprouvé à l’impression des retranchements considérables, à cause de quel­ques anecdotes sur des familles puissantes, 2° Ambassade du maréchal de Bassompierre en Espagne, en Suisse et en Angleterre, Cologne, 1668, 4 vol. in-12. Pendant sa détention, Bassompierre avait écrit en marge d’un exemplaire des Vies des rois Henri IV et Louis XIII, par Dupleix, quelques observations critiques, qui furent publiées sans sa participation (Paris, 1665, 1 vol. in-12), par un minime à qui il les avait confiées, et qui y ajouta des notes de sa composition, de sorte qu'on ne peut distinguer ce qui vient du moine de ce qui appartient au maréchal. M. Serieys a publié, à Paris, en 1802, un volume in-8°, intitulé : Nouveaux Mémoires du maréchal de Bassompierre, recueillis par le président Hénault, et imprimés sur les manuscrits de cet académicien. Cet ouvrage contient des fautes qu'on ne peut attribuer qu’à l'éditeur ; et la plupart des noms propres y sont entièrement défigurés ; ce qui doit en faire soupçonner l'authenticité (1).

 

 

 

 

      Source : biographie universelle Michaud – 1854 (bibliothèque de Nancy).

 

 

 

 

 

 



19/12/2017
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