La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Gérardmer (Vosges)

GÉRARDMER, chef-lieu de canton de l’arrondissement de St-Dié, à 41 kms d'Epinal, 29 de St-Dié ; situé dans un bassin assez resserré, à 670 m d'alt. au seuil de la mairie et à 891m au pont du Saut-des-Cuves ; terrain granite commun ; traversé par le rivière de la Vologne et par le ruisseau de la Jamagne ; sur le passage des chemins de grande communication 8, 11, 47 et 72, de Saales à Mélisey, de Lamarche à Munster, de Rambervillers à Gérardmer et de Remiremont à Gérardmer, et du chemin d'intérêt communal n° 88, de Gérardmer au Valtin ; sillonné par 91.175 mètres de chemins vicinaux ordinaires et par 80.858 mètres de chemins ruraux reconnus. — Stations du chemin de fer de Gérardmer à Laveline-devant-Bruyères, à Gérardmer et à Kichompré, cette dernière à 8 kms de la ville. — Poste et télégraphe. Population : 6.914 habitants, 1.272 maisons, 1.806 électeurs, 23 conseillers municipaux. — Perception et recette municipale à Gérardmer. — Recette de l'enregistrement. — Recette des contributions indirectes. — 2 recettes des douanes (la Schlucht et Retournemer). — Chef de cantonnement forestier. — Agent-voyer. — Justice de paix. — 2 notaires, 1 huissier. — 1 médecin, 3 sages-femmes. — Cure can­tonale ; fête patronale le dimanche qui suit le 25 août, patron St-Barthélemy. — Population protestante, 13 habitants, pasteur à St-Dié ; israélite, 107 habitants, rabbin à Epinal. — Ecole primaire supérieure de garçons, 56 élèves, dont 26 pensionnaires ; cours complémentaire de filles, 17 élèves; 1 école primaire de garçons, 287 élèves ; 2 de filles, 264 élèves ; 7 mixtes, 575 élèves ; 1 école maternelle, 167 élèves ; 1 école de hameau non classée, à Retour­nemer, 26 élèves ; 1 école enfantine, 75 élèves ; pensionnat congréganiste de jeunes filles, 22 élèves ; externat congréganiste de jeunes filles, 165 élèves ; école enfantine congréganiste, 149 élèves. 8 bibliothèques, 1,324 volumes. Bureau de bienfaisance, 12.820 frs de revenus annuels. Orphelinat mixte, 50 enfants environ. 1 succursale de la caisse d'épargne de St-Dié. 1 société de tir. 1 fanfare. Casino. 1 société nautique. — Brigade de gendarmerie à Gérardmer. 1 caserne d'infanterie construite en 1887, non encore occupée au moment du tirage de la présente feuille. 54 conscrits en 1985. 1 compagnie de sapeurs-pompiers, 100 hommes. Revenus annuels de la commune 80.607 frs, dont 4,820 frs en rentes 8 % sur l'Etat ; valeur du centime 894 frs ; produit des 4 contributions, 76.880 frs, dont 22.878 frs sur les patentes. Surface territoriale 8.649 hectares, dont 580 en terres labourables, 2.050 en prés, 5.530 en bois, 4 en jardins, vergers, chènevières, 484 en friches. Cultures principales : seigle 1.500 hectolitres, orge 950 hectolitres, avoine 200 hectolitres, pommes de terre 50.000 hectolitres. Valeur de la forêt communale 1.580.000 frs. Quelques carrières de granit à ciel ouvert. Industrie : 1 tissage mécanique de toiles de lin, 220 ouvriers ; 2 blanchisseries occupant 40 ouvriers ; 1 atelier de bois de brosses, 160 ouvriers ; 1 boissellerie, 70 ouvriers ; 1 fabrique de pâte à papier, 40 ouvriers ; fabrication de toiles à bras à domicile, 1.200 ouvriers environ ; 1 fabrique de feutre, 45 ouvriers. Principaux commerces : toiles, bois, bois de brosses, fromages dit Gérômé, pâtes â papier et de carton.

12 foires annuelles les derniers jeudis de chaque mois ; marchés le jeudi de chaque semaine.

 

 

 

Hameaux : Bas-Rupts (les), 595 hab., 105 maisons ; Basses-au-Beillard (les), 64 hab., 12 maisons ; Beillard (le), 546 hab., 120 maisons ; Cercenée (la), 112 hab, 20 maisons ; Cuves (les), 27 hab., 7 maisons ; Fées (les), 458 hab., 95 maisons ; Gouttridos (les), 191 hab., 44 maisons ; Haie-Griselle (la), 730 hab., 89 maisons ; Kichompré, 400 hab., 10 maisons ; Phény (le), 815 hab., 67 maisons ; Rayée (la), 399 hab., 72 maisons ; Rellegouttes (les), 63 hab., 16 maisons.

 

Ecarts : Bas-du-Bas-Rupt (le), 27 hab., 6 maisons ; Bas-du-Beillard, 46 hab., 9 maisons ; Basse-Cheni­quet, 30 hab., 6 maisons ; Belbriette, 35 hab., 6 maisons ; Blanc-Ruxel (le), 48 hab., 8 maisons ; Brande (la), 32 hab., 6 maisons ; Cellé, 18 hab., 4 maisons ; Chennezelle (la), 15 hab., 8 maisons ; Corsaire, 32 hab., 6 maisons ; Corsaire (le), 17 hab., 4 maisons ; Cresson (au), 15 hab., 4 maisons ; Derrière-le-Lac, 29 hab., 7 maisons ; Goutte-des-Tats, 28 hab., 5 maisons ; Goutte-du-­Chat, 24 hab., 6 maisons ; Granges-Bas (les), 42 hab., 8 maisons ; Grosse-Pierre, 12 hab., 3 maisons ; Haleuche (la), 16 hab., 8 maisons ; Hautes-Vannes (les), 26 hab., 5 maisons ; Hauts-Rupts (les), 28 hab., 6 maisons ; Kertoff (le), 48 hab., 6 maisons ; Naiemont, 28 hab., 5 maisons ; Noir-Rupt, 42 hab., 8 maisons ; Paye (le), 19 hab., 8 maisons ; Plombes (les), 15 hab., 8 maisons ; Poncés (les), 16 hab., 4 maisons ; Poussière (la), 22 hab., 5 maisons ; Ramberchamp, 26 hab., 5 maisons ; Retournemer, 18 hab., 4 maisons.

 

Fermes : Balveurche, 8 hab.; Benchotte (la) ; Biazot, (le), 5 hab. ; Bloqués (les), 5 hab. ; Broche­-du-Lard (la), 12 hab. ; Broches (les), 12 hab. ; Brochette (la), 9 hab. ; Cerceneux-Mougeon, 6 hab. ; Fachepremont, 6 hab. ; Fontaine-Gilet, 5 hab. ; Froment, 6 hab. ; Grange-Mauselaine (la), 5 hab. ; Grouvelin, 7 hab. ; Grosse-Grange (la), 5 hab. ; Grange-de-Cheny, 2 hab. ; Goutte-Lagelot (la), 8 hab. ; Grange-Claudon ; Giraud-Firance, 8 hab. ; Grande-Goutte, 5 hab. ; Grange-Colin (la),4 hab. ; Grange-Idoux, 4 hab. ; Grangeotte (la), 5 hab. ; Hautes-Royes (les), 15 hab. ; Haut- Corsaire, 9 hab. ; Hanta (le) ; Haut-Poirot (le), 5 hab. ; Launard, 6 hab. ; Mizelle, 5 hab.; Mérelle, 11 hab. ; Noir-Ruxel (le), maison démolie ; Pré-Faite (le), 4 hab. ; Pré-Chaus­sotte, 6 hab. ; Pré-Georges, 4 hab. ; Planot (le), 3 hab. ; Pente-Goutte, 4 hab. ; Peut-Pré, 4 hab. ; Pré-Jean-J'espère, 6 hab. ; Poli-la-Chêne (le), 6 hab. ; Roulier (le), 2 hab. ; Rond-Pré, 4 hab. : St-Jacques, 3 hab. ; Vazinés (les), 4 hab. ; Vologne, 7 hab.; Xégoutté, 6 hab.

 

Chalets : d'Alsace, 7 hab. ; Deguerre, 5 hab. ; des Hirondelles, 6 hab. ; de Sacy, 6 hab. ; du Lac, 4 hab. ; Hogard, 6 hab. ; Kahn, 3 hab. ; la Chanoniére, 4 hab. ; la Toquade, 5 hab. ; Marie- Thérèse, 6 hab. ; Vélin, 5 hab.

 

Villas : de Kattendyke, 8 hab. ; Monplaisir, 4 hab.

Ces villas et chalets ne sont habités que pendant l'été.

 

Curiosités naturelles — Les trois lacs Gérardmer, Longemer et Retournemer. Le Saut-des-Cuves. La cascade de Retournemer. La cascade de Mérelle. Source de la rivière la Vologne, à Retournemer, dans la forêt, â 111 mètres d'alt.

Le tilleul, sur la place du Marché, 8 mètres de circonférence. Le sapin géant dans la forêt du Corsaire.

La glacière du Kertoff. Le pont des Fées. La pierre Charlemagne. Ramberchamp et son écho. La vierge de la Creuse.

La roche du Rain ; la roche du Diable, dominant Retournemer et dans laquelle passe la route de la Schlucht ; la roche des artistes, au Larron.

Vue de la vallée de Vagney et des environs de Remiremont, du lieudit le Haut-­de-Charmes. De la Poussière, vue splendide sur les bassins de la Meurthe et de la Moselle. De Grouvelin, vue de la Bresse et des environs. Du Phény, vue remarquable sur Gérardmer. Du Biazot, vue de la vallée de Granges et des environs de Bruyères. Les montagnes qui avoisinent Gérardmer, connues sous le nom de chaumes, sont sillonnées de poteaux indicateurs posés par le club alpin ; la plus haute d'entre elles, le Hohneck, est à 1367 mètres d'altitude ; on découvre de son sommet les plaines de l'Alsace, plusieurs de ses villes, le Rhin, les montagnes de la Forêt-Noire, de la Suisse et des Alpes. Après le Hohneck viennent Balvurche, à 1280 mètres ; Planeau, â 1180 ; le Tonnerre, 1110 ; la Beheu, 1000 ; les Rochères, 1000 ; les Xettes, 930 ; Rougimont, 920 ; et la Téte-du-Costet, 741. Les chaumes sont riches en plantes et en pâturages.

 

 

 

Le lac de Gérardmer, placé entre la ville et la vallée du Belliard, présente une sur­face de 116 hectares et une profondeur de 95 mètres. Il reçoit les eaux de la petite vallée du Phény, et donne naissance à la Jamagne qui se jette dans la Vologne. Le lac de Longemer, d'une superficie de 75 hectares et d'une profondeur de 30 mètres, est resserré entre deux montagnes élevées. A son extrémité est la chapelle de St-Flo­rent, où l'on se rend en pèlerinage une fois l'année, et qui renferme, dit-on, un dévidoir miraculeux qu'on fait aller à rebours pour obtenir la guérison de certaines maladies. Le lundi de la Pentecôte, les habitants de Gérardmer allaient aussi en procession à la chapelle de Longemer. Cette cérémonie eut lieu jusqu'à l'époque de la Révolution. Le lac de Retournemer, à 30 minutes du précédent, est situé au fond d'un entonnoir formé de hautes montagnes. Il n'a qu'une surface de 5 hectares et une profondeur de 20 mètres. C'est, dit Désiré Carrière, comme un diamant enchâssé au milieu des montagnes ; et celles-ci, pour ne pas en ternir l'éclat, semblent s'abaisser en approchant de ses bords qu'elles encadrent avec une grâce et une coquetterie infinies. Les eaux de ce lac s'écoulent dans le lac de Longemer par une cascade.

Le Saut-des-Cuves, près de la route du Vallin ; la Pierre-de-Charlemagne, dont nous avons parlé plus haut ; le Pont de Vologne ; la Basse-l'Ours, précipice pavé de blocs granitiques ; enfin la glacière naturelle de la vallée de Granges et cette vallée qu'arrose la Vologne, et qui est une des plus belles et des plus pittoresques des Vosges.

On donne le nom de moutons de Gé­rardmer aux blocs erratiques disséminés sur les flancs des montagnes qui entourent ce village.

Depuis longtemps, mais surtout depuis l'établissement de la ligne des Vosges, Gérardmer a pris, comme station d'été, une grande importance ; chaque année le, nombre des touristes augmente d'une façon notable. Toutes ces curiosités naturelles, si intéressantes à visiter, autant que la beauté de son site et l'importance de son industrie, ou peut-être les prétentions de ses habitants, ont donné lieu, pour Gérardmer, à ce proverbe populaire : Sans Gérardmer et un peu Nancy que serait-ce de la Lorraine ?

Assis, dit le D, Greuell, sur la rive orientale d'un lac aux eaux profondes, à une altitude d'environ 700 mètres, entouré d'un cirque de montagnes arrondies aux flancs ruisselants de mille sources, aux sommets couronnés de superbes forêts, baigné d'une atmosphère que parfument les émanations des sapins et les senteurs des prairies, Gérardmer justifie presque le vieux dicton patois cité plus haut dans sa traduction française : « Si ce n'to d'Girémé, mut, in peu d'Nancy, quo c'que c'ser6 d'Id Lorraine ?

 

Ancienne population : 1710, 848 hab. ; an XII, 4423 hab. ; 1830, 5100 hab. ; 1847, 5625 hab. ; 1867, 6225 hab.

Ancienne division : 1594 et 1710, baillage des Vosges, prévôté d'Arches, mairie des Usuaires ; 1751, baillage de Remiremont, maîtrise d'Epinal et de St-Dié, coutume de Lorraine ; 1790, chef-lieu de canton, district de Bruyères. — Spirituel : Annexe de Corcieux, doyenné d'Epinal, diocèse de Toul, évêché de St-Dié.

 

Histoire — Gérardmer, si intéressant en raison de sa situation pittoresque, de son industrie et des curiosités naturelles de ses environs, est une des stations d'été les plus fréquentées de la région de l'Est. L'origine de Gérardmer ne remonte pas à une époque très reculée. Son sol était presque entièrement couvert d'épaisses forêts, peuplées d'animaux de toute espèce, et visitées seulement par les chasseurs.

  1. Voulot, dans son livre les Vosges avant l'Histoire, émet l'opinion que si les environs de Gérardmer étaient déserts au commencement du moyen-âge, ils furent fréquentés, dès les temps les plus reculés, par des peuples antérieurs aux Leuci. Ces peuples, dont M. Voulot prétend avoir retrouvé des traces, auraient appartenu à la race sémitique. Quoi qu'il en soit, il parait certain qu'avant le XVème siècle, la région comprise dans le canton actuel de Gérardmer était peu habitée.

Suivant la tradition, en 804, Charlemagne étant venu à sa résidence de Champ, chassa depuis la Vologne jusqu'à Remiremont. L'année suivante, dans un voyage d'Alsace en Lorraine, il traversa les hauteurs des Vosges par le Montabey. Près de là, toujours d'après la légende, il s'arrêta près d'une fontaine qui se trouve à l'extrémité du ban de Gérardmer, et dîna sur une grande pierre de granit, à gauche de la rivière de la Vologne, près du saut des Cuves. Cette fontaine et cette pierre ont conservé son nom.

Nous devons nous borner ici à citer, sans les garantir, les principales traditions ayant cours au sujet de Gérardmer.

Vers 1050, Gérard d'Alsace, duc de Lorraine, étant venu dans cette contrée, fit bâtir, près de la Jamagne, sur une petite élévation, au milieu de la prairie du Champ et du cimetière actuel, une tour destinée, soit à perpétuer le souvenir de son passage dans ces lieux, soit à arrêter les brigands qui tenteraient de pénétrer dans ses Etats, soit plutôt pour servir (le rendez-vous de chasse et de pêche. Depuis cette époque, la contrée prit les noms du duc Gérard et du lac voisin et s'appela Gérardmer. Les fondations de la tour, enfouie sous le sol, existent encore sur l'emplacement de la chapelle dite le Calvaire.

A peu près dans le même temps, un seigneur nommé Bilon, voulant vivre dans la solitude, se fixa sur le bord occidental du lac de Longemer (longue-mer), fit bâtir, sur une petite élévation, une chapelle qu'il dédia à St-Gérard et à St-Barthélémy. C'est peut-être an souvenir de St-Gérard, évêque, que Gérardmer doit son nom. En 1830, le propriétaire du terrain voisin de cette chapelle, l'ayant fait défoncer pour le rendre plus propre à la culture, découvrit un caveau construit en pierres de sable, au milieu duquel gisait un squelette d'homme parfaitement conservé et entouré d'une chaînette, dont une partie est déposée au musée d'Epinal. On a prétendu que ce squelette était celui de Bilon.

 

A partir de cette époque, l'histoire garde le silence, et il est difficile de préciser quels furent les premiers habitants de Gérardmer et quand ils vinrent se fixer en ces lieux. En mai 1285, le duc Ferry III concéda à Conrad Wernher, sire de Hadstadt, et à Conrad Wernher, son fils, la propriété des lacs et terres de Gérardmer et Longemer pour en faire une ville neuve. Le duc se réservait la forêt contiguë à Gérardmer et à Longemer, en accordant aux habitants de cette ville neuve le droit de prendre des bois pour la construction de leurs maisons et pour leur chauffage.

Divers titres de 1344, 1404, indiquèrent que, dès le XIVème siècle, il y avait à Gérardmer des terres cultivées et de nombreux troupeaux.

En 1459, les habitants de Gérardmer obtinrent du duc de Lorraine le droit d'achat aux marchés d'Epinal, Remiremont, Bruyè­res et St-Dié. Il parait, néanmoins, qu'ils eurent plus tard besoin d'une nouvelle confirmation de ce droit, car nous trouvons, sous la date du mois de décembre 1573, une permission à eux accordée par le duc d'acheter des grains soit à Remiremont, soit à Bruyères et autres villes avant l'en­seigne levée. Nous lisons ce qui suit dans la requête qu'ils présentèrent au prince à ce sujet : «  A notre souverain, vos très humbles et obéissants sujets les manants, habitants et communauté de Gérardmer vous remontrent en toute humilité que, combien qu'ils soient en lieux et territoire stérile et infructueux, et où il n'y croit grains pour leur nourriture, ce néanmoins ne peuvent encore avoir commodité « d'estre fonrny de bledz et aultres grains pour leur deffruit, à cause de l'empeschement que leur est faict aux marchez de Remiremont, St-Diez, Bruyères et Epinal, où les habitans d'iceux lieux ne leur veuillent permettre achepter bledz que premièrement l'enseigne accoustumée de mettre en evidence marchez ne soit osté que ver avant les neuf ou dix heures, et là où il leur est de nécessité d'y avoir ung resau, on no leur permettoit en avoir qu'un demi reseau, comme ils etoint otrangers et non residans en vos pays et juridiction, ou que ce fust pour en faire un vendage et transport hors vos dicte pays, de manière qu'ils sont grandement intéressés de frais et perdition de temps pour estre distans de six grandes lieues dudit Epinal et de St-Diez, Remiremont et Bruyè­res de quatre à cinq lieues, et d'autant que les pauvres habitans sont souvent enclos audict Gérardmer pendant le temps de six ou sept semaines et plus, ne peuvent aller en aucun marchez pour cause des grandes affluences de neiges et que sy aucuns icelles ils ne sont fournis de grains pour leur deffruit et nourriture ils demeurent en très grands pauvreté et famine ; à ces causes, etc. ». A la fin du XVIème siècle, Clause de Hadstatt mourut sans laisser d'héritier, et, suivant la convention de 1285, le fief fit retour au duc de Lorraine.

Les ducs n'exerçaient pas seuls les droits seigneuriaux à Gérardmer. La moitié de la seigneurie était au chapitre de Remiremont, seigneur du ban de Vagney, dont faisait partie Gérardmer. Les droits de mainmorte étaient partagés par moitié entre le duc et le chapitre.

Le maire était tous les ans nommé au plaid anal de Vagney, en la présence des représentants du duc et de l'abbaye de Remiremont. C'était de la grande prévôté de cette église que dépendait spécialement le ban de Vagney et par conséquent Gérardmer. Le 24 mai 1542, des lettres-patentes de l'évêque de Toul affranchirent les habitants de Gérardmer de l'obligation où ils étalent de porter leurs morts à Gerbépal, et les autorisèrent à construire, sous l'invocation de saint Gérard, une chapelle qui dépendrait de l'église de Corcieux. Le curé de cet endroit se réserva une redevance annuelle de cent livres de fromage et soixante livres de beurre, à charge de défrayer les deux mar­guilliers et le cheval qui en effectuaient le transport. Cet usage subsista jusqu'à la Révolution, époque où Gérardmer eut seulement une cure.

 

En 1555, la population de Gérardmer se composait de vingt-deux chefs de famille, représentant 110 habitants. Cette époque est celle de l'érection, sur divers passages, de trois croix connues sons le nom des Trois- Cinq, c'est-à-dire dont le millésime est 1555.

Cette époque de 1555 est aussi celle de l'accroissement bien prononcée de la population. Dès l’an 1581, le village de Gérardmer imposa une taxe de 40 francs à ceux qui demanderaient le droit de bourgeoisie. Le statut de cette communauté fut homologué par le duc Charles, qui régla ainsi les deniers d'entrée : 20 francs à partager entre le prince et les chanoinesses de Remiremont, et 20 francs à la caisse communale. A partir de cette époque, la population semble être restée stationnaire. On trouve, en effet, 118 feux en 1581, 102 en 1590, 109 en 1615, 85 seulement en 1824.

La population diminua sensiblement encore pendant la guerre de 1630 à 1650. La peste et la famine régnèrent pendant plusieurs années. Les registres mortuaires présentent des lacunes pendant la période de 1630 à 1639. Un rôle dressé en 1664 montre qu'il n'y avait alors que 188 habitants au lieu de 425 qui auraient existé avant 1680 ; en 1678, on ne comptait à Gérardmer que 154 personnes. A la fin du XVIIème siècle et au commencement du XVIIIème siècle, Gérardmer se repeupla rapidement : on trouve, on effet, 511 habitants en 1710, 2400 en 1753, 4400 en l'an XII et 5000 en 1820.

 

 

 

Le village de Gérardmer dépendait primitivement de l'église de Gerbépal.

En 1628, la chapelle de St-Gérard ne pouvant plus contenir le nombre des fidèles, qui s'élevait à onze cents, on fut obligé de construire une église plus vaste, qui fut consacrée le 18 juin de l'année suivante. Le 8 juin 1607, les habitants de Gérardmer adresseront au duc de Lorraine une requête dans laquelle, remontrant que ce lieu étant limitrophe de l'Allemagne et de la Bourgogne, environné de hautes montagnes, et leurs bestiaux étant en danger d'être mangés par les loups, ours et autres bêtes sauvages, ils demandaient qu'il leur fût permis de continuer à chasser sans payer aucun tribut au receveur d'Arches qui en voulait exiger un en vertu d'une requête qu'il avait présentée en 1605, au nom desdits habitants et à leur insu, et ce contre la permission générale à eux accordée de tout temps par les ducs de Lorraine, à la seule condition d'attacher au portail de leur église les têtes des animaux tués à la chasse, ce qu'ils continuaient toujours d'observer. Le duc fit droit à leur requête.

 

Vers 1730, le nouvel accroissement de la population, dont le chiffre était de 1500 habitants, nécessita la construction d'une église plus spacieuse que celle élevée cent ans auparavant. Le plan de cet édifice fut dressé par un architecte italien, et les travaux commencèrent dès l'an 1730. Avant de creuser les fondations, on fut obligé de faire disparaitre une énorme pierre granitique, placée à peu près à l'endroit où est le maître-autel. Cette pierre dite l'Aumaureye (d'aumône) parce que les pauvres venaient y demander l'aumône, servait aussi auparavant de théâtre aux musiciens dans les réjouissances publiques. L'église, dont les travaux avaient été poussés avec une activité extraordinaire, fut consacrée le 18 août 1732. La tour ne fut élevée qu'en dernier lieu, et on y plaça une flèche d'une hauteur presque égale, qui fut renversée par le coup de vent du 18 février 1756. Elle fut remplacée en 1763, par le dôme qui existe actuellement. Une chapelle, construite en 1825, s'élève sur l'emplacement de la tour de Gérard d'Alsace, et des anciennes chapelles de St-Gérard et St-Barthélémy. Le cimetière ancien, de 1542 à 1732, et depuis 1850 jusqu'à nos jours, entoure cette chapelle. De 1782 à 1850, le cimetière se trouvait autour de l'église actuelle.

 

Le village de Gérardmer, quoique situé en partie sur la mairie et prévôté de Bruyères, dépendait entièrement de la prévôté d'Arches.

Les habitants étaient sujets du roi et de l'église de Remiremont, lesquels y avaient conjointement la création annuelle du maire. On prenait le plus ancien habitant, à tour de rôle, pour exercer cet office, pourvu que sa conduite fût sans reproche. Ce maire se créait aux plaids banaux du ban de Vagney. Lorsqu'il était créé par le grand prévôt de Remiremont, il devait à ce dernier une demi-pistole et deux fromages. Les droits de main-morte sur les sujets de Gérardmer se partageaient par moitié entre le roi et l'église de Remiremont. Les habitants ne suivaient point la bannière et n'étaient pas sujets au haut jugement d'Arches ; ils n'étaient pas non plus forcés de comparaître aux montres du ban de Vagney, mais ils étaient tenus, en tout temps de péril imminent, de garder les passages des montagnes.

 

La taille ordinaire des habitants était de 20 gros 4 deniers. La communauté devait annuellement, au jour de la St-Martin, 55 francs de rente ordinaire pour le droit à elle accordé par le duc de Lorraine, le 29 novembre 1523, de tenir tavernes et cabarets et d'en fixer le nombre. Les habitants payaient tous les ans, à Noël, 80 francs de rente ordinaire pour l'exemption de la banalité des fours et moulins, que le duc de Lorraine leur avait accordée en 1618. Les détenteurs des chaumes de Gérardmer payaient au domaine et à l'église de Remiremont des cens en fromage, dont le produit fut de 31 francs en 1633, suivant le compte de cette année.

Antérieurement à cette époque, les habitants de Gérardmer étaient tenus à diverses redevances envers les seigneurs de Had­stadt : ils devaient annuellement au sieur de Hadstadt ou à ses officiers, au lieu de Soultzbach, « par jour de fête de St-Martin d'hiver, quatre lances de bois de sapins non ferrées, lesquelles néanmoins on ne rendait audit Soultzbach que trois ans à aultres. Les mêmes habitants doivent pareillement par jour de fête St-Martin, savoir : chacuns feux en travaux audit Gérardmer six blenctz monoie de Lorraine. Etoit d'heu par chacun an par les mêmes habitans audit de Had­stadt, au terme de St-Martin d'hyver, douze harts pleins de beurre dont les trois tiennent environ deux peintes mesure de Remire­mont, qui reviennent à quatre pots même mesure. Semblablement estoient iceux habi­tans redevables audit Hadstadt ou à son officier, par le jour de St-Martin, deux peintes do poisson de truites fresches, les­quels ils étoient sujects de porter audit Soultzbach. »

On lit dans les comptes du domaine de la prévôté d'Arches : «  Au lieu de Gérardmer, le souverain a tout droit de haute justice, comme l'appréhension, détention et exécution des corps des prisonniers, prenant seul et pour le tout les confiscations. Et les autres émolumens, comme confiscations ci­viles, amendes des embanies, rébellions et désobéissances commises et contumaces, amendes arbitraires, boisons rompues et autres semblables sont au souverain et à l'église de Remiremont par moitié. »

«  Les cris de la fête dudit Gérardmer et garde d'icelle appartient au souverain, et prend son prévôt la garde des délits y commis par les vagabonds et autres que par les sujets communs ; les amendes se partagent entre lui et l'église paroissiale, privativement du lieutenant St-Pierre. »

« Le curé dudit lieu est en la garde et protection du souverain ; personne ne peut appréhender la possession de cette cure sans placet ni permission du souverain. Les habitants de Gérardmer ont ascencé du souverain des pâquis et aisances com­munales de l'étendue de quatre-vingts jours, divisés en scis, entre les villages de Granges et de Gérardmer, moyennant la somme de vingt-cinq francs chaque année, au terme de St-Martin, partageable entre le souverain et l'église de Remiremont. Les ascense­ments, qui appartenaient par moitié au souverain et à ladite église, montaient en 1667, à la somme de 117 francs, 8 gros, 12 deniers. Ceux qui sont nûment au sou­verain, pour être des répandises des chau­mes, tant du ban de Ramonchamp que do celui de Gérardmer, montaient à celle de 234 francs, 3 gros, 2 deniers, selon le pied terrier qui a été dressé en l'an 1599. »

Nous avons emprunté une partie des détails qu'on vient de lire aux opuscules suivants : Essai de topographie physique et médicale du canton de Gérardmer, par J.-B. Jacquot, Strasbourg, 1826; Précis historique et topographique sur le canton de Gérardmer, par M. Defranoux, 1832; Notice historique et descriptive de Gé­rardmer, par M. H. Lepage; Gérardmer et ses environs, par M. X. Thiriat.

 

L'église actuelle de Gérardmer a été construite en 1830, 1831 et 1832. Antérieurement il existait une chapelle dite de St-Gérard, construite en 1540, agrandie en 1628.

La mairie a été construite en 1836-1837.

Les diverses écoles ont été construites aux époques ci-après :

Ecole des garçons, au centre, en 1877. Ecole primaire supérieure de garçons, au centre, en 1882.

Ecole primaire supérieure de filles, au centre, en 1836-1887.

Ecole de Xonrupt, en 1838-1839.

Ecole du Beillard, en 1814.

Ecole du Phény, en 1866.

Ecole des Bas-Rupts, en 1854.

Ecole de Retournemer, en 1882.

L'école de Kichompré est installée dans un bâtiment construit par MM. Garnier-­Thiébaut frères, et leur appartenant.

Les archives de la mairie, antérieures à 1790, sont importantes ; le plus ancien titre porte la date de 1512.

Les actes de mariage, baptêmes et sépultures commencent en 1609.

 

Personnages

GLEY (l'abbé Gérard), (1761-1830), profes­seur de langues étrangères, secrétaire-inter­prète du maréchal Davoust, administrateur de la principauté do Lowiecz en Pologne, principal du collège de Tours, chapelain des Invalides, savant littérateur, auteur d'une histoire manuscrite de la Pologne, 10 vol.

GUTY (Antoine), né à Gérardmer le 18 no­vembre 1813, commandeur de la Lég. d'hon., officier comptable.

GLEY (Pierre-Gérard), ancien professeur, né à Gérardmer le 6 février 1815, auteur de la petite géographie des Vosges, ancien président de la Société d'Emulation.

MARION (Jean-Baptiste-Victor), commandant le 1er bataillon du1er zouaves, né à Gérardmer le 1er août 1829, tué à la bataille de Froeschwiller ; avait fait les campagnes de Crimée, d'Italie et du Mexique ; une caserne de Remiremont porte son nom.

GARNIER (Jules-Benjamin-Philibert), né à Gérardmer le 9 septembre 1818, professeur à la faculté de droit de Nancy.

COLET (Charles-Théodore), né à Gérard­mer le 30 avril 1806, mort archevêque à Tours en 1882.

BUSY (Octave-Achille-Etienne), né à Gé­rardmer en 1841, mort en 1877, publiciste, ancien directeur de l'imprimerie nationale de Saigon, fondateur du journal le Mémorial

Société républicaine.

DIDIER (Hubert) et ses soeurs ont légué, en 1823, au bureau de bienfaisance de Gé­rardmer, la ferme dite du Bergon.

CLAUDEL (Marie-Catherine), épouse de Jean-Dominique Grandclaude, a, par testa­ment olographe du 1er avril 1860, légué au bureau de bienfaisance de Gérardmer une maison qui sert d'asile à 14 vieillards in­firmes et sans ressources, plus une somme de 12000 frs et du mobilier, le tout évalué à 25,000 frs.

GARNIER (Jean-Baptiste), né à Gérard­mer le 13 mars 1809 et son épouse THIEBAUT (Marie-Virginie), née au méme lieu le 20 juin 1810, ont donné, en 1866, à la com­mune de Gérardmer, une maison dans laquelle a été installé un orphelinat qui renferme environ 50 enfants.

Les conseillers généraux du canton de Gérardmer ont été, depuis 1833 :

De 1833 à 1848, M. LEMARQUIS (Charles- Dominique), procureur du roi à Epinal, chev. de la Lég. d'hon.;

De 1848 à 1852, M. Vine-Paxiox (Jean­-Baptiste-Victor), négociant à Bruyères ;

De 1852 à 1870, M. MARION (Joseph- Benjamin -Constant), notaire et maire à Gérardmer ;

Do 1871 à 1874, M. MARTZ (Prosper­ Corneille), ancien avoué à Nancy, membre et secrétaire du Conseil général et de la Commission départementale, conseiller à la cour d'appel do Nancy ; décédé en cette ville en 1886 ;

Depuis 1874, M. FERRY (Albert), avocat à St-Dié, membre et secrétaire du Conseil général et de la Commission départementale, membre du Conseil académique de Nancy ; maire de St-Dié, député des Vosges.

 

 

 

Source : Département des Vosges par Léon Louis et Paul Chevreux - 1887

 

 

 



05/01/2018
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