La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Guerre des bâtards de prêtres

 

En 1420, Charles II invoquant une ancienne concession faite par les empereurs à ses aïeux de tous les enfants de prêtres (1), réclama ceux qui se trouvaient dans la ville de Toul. Les bourgeois refusèrent d'exécuter cette odieuse demande et Charles leur déclara la guerre. Soutenus par le damoiseau de Commercy, les Toulois surprirent Gondreville, mirent le feu au faubourg de Nancy, ruinèrent le bourg de Saint-Epvre et commirent de grands dégâts dans tout le pays. Charles II, appuyé par le comte de Vaudémont, remporta bientôt de grands succès et obligea les Toulois à chercher un accommodement.

(I) les ecclésiastiques ne pouvant revendiquer les droits de la paternité, leurs enfants, sans pères, sans protecteurs et sans noms, étaient nés serfs et appartenaient aux seigneurs de la terre où ils étaient nés, d'après une bulle du pape Calixte II, de 1119. Ce droit avait déjà causé, en 1250, de vifs et sanglants démêlés entre le duc Mathieu et le Chapitre de Saint-Dié. (GRAVIER, p. 131.)

Ceux-ci firent raison au duc de son droit bizarre (2) et s'obligèrent à mille francs de redevance annuelle qui fut payée jusqu'en 1645 (époque où Louis XIV défendit aux bourgeois de la verser), ainsi qu'à faire dire a perpétuité une messe solennelle à la cathédrale, en expiation des injures dont ils s'étaient rendus coupables envers le duc. Celui-ci, fidèle à l'inique coutume de l'époque, empocha les mille francs, et, ni lui ni ses successeurs, ne songèrent à indemniser les pauvres lorrains, victimes des incursions des Toulois.

(2) Voici le premier des huit articles du traité conclu à ce sujet. Sur le fait des bastards, fils de Prêtres, natifs du pays de Lorraine, |pour lesquels ladite guerre est principalement venue, on agira dorénavant de cette manière : quand le duc réclamera un de ces bâtards demeurant en la cité, la justice de la cité le fera comparaître, et, s'il reconnaît être bâtard, fils de prêtre, natif du pays des ducs, la justice le fera mettre dehors de la cité, en présence des officiers du duc et sans discussion. S'il nie, au contraire être tel, les magistrats s'assureront de sa personne jusqu'à ce que le duc ait prouvé son origine, auquel cas on le mettra dehors comme il est dit ci-dessus.

Quelque temps après, quarante gentilshommes lorrains vinrent provoquer, sans motifs, les Toulois et virent leur exemple suivi par le damoiseau de Commercy qui, en 1430, se présenta à la tête de vingt cavaliers pour défier les citains au combat.

Surpris et fait prisonnier avec sa suite, le provocateur fut amené en ville, monté à rebours sur son cheval, au milieu des huées du peuple. Il dut racheter sa liberté au prix de quinze cents livres. Pour se venger, il recommença les hostilités ; mais, à deux reprises différentes, les bourgeois le battirent et tuèrent la majeure partie de ses soldats. De son côté, le damoiseau retint en ses prisons trente-huit toulois qu'il avait capturés, et ne les relâcha que grâce a l'intervention de l'empereur Sigismond.

 

Source : Histoire démocratique et anecdotique des pays de Lorraine, de Bar et des trois Evêchés (Metz, Toul, Verdun), depuis les temps les plus reculés jusqu'à la Révolution française. Tome 2 / par J.-B. Ravold – 1889.

 



30/12/2017
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