La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La cour de Lunéville sous le duc Léopold : 1 - le château

La cour de Lunéville sous le duc Léopold

 

Cette série intitulée « la cour de Lunéville sous le duc Léopold est tirée de l’œuvre d’Henry Baumont Etudes sur le règne de Léopold, duc de Lorraine et de Bar (1697-1729) rédigée en 1894.

J’ai simplement adapté le texte au vocabulaire d’aujourd’hui pour en faciliter la compréhension.

Pour satisfaire aux nécessités du mode de diffusion utilisé (internet) j’ai divisé l’étude en sept tableaux qui feront chacun l’objet d’un article spécifique.

1 – le château

2 – la maison civile de Léopold

3 – la maison militaire de Léopold et l’armée

4 – distractions de la cour : le théâtre

5 – la galanterie : passion de Léopold pour Madame de Craon

6 – Madame de Lunati et Madame de Craon

7 – le jeu.

 

Denis BERNARD

 

1 - Le château

 

C'est la veille de l'occupation de Nancy par les troupes françaises du comte de Tallard, le 2 décembre 1702, que la famille ducale s’installe à Lunéville, suivie par les principales familles lorraines. On se loge d'abord provisoirement, comme on peut, dans les pièces encore habitables du château, à l'hôtel de ville et chez divers particuliers.

Comme presque tous les petits souverains de l'époque, qui se piquent d'imiter Louis XIV, Léopold manifeste le goût des constructions. Dès son arrivée en Lorraine, il se trouve mal à l'aise dans le palais ducal de Nancy.

Peu de temps après son mariage, il prie instamment le roi de France de lui envoyer Mansard : il veut consulter le grand architecte, alors à l'apogée de sa gloire, sur tous les embellissements qu'il rêve de réaliser. Mansard fait alors pour le palais de Nancy et pour la maison de campagne de la Malgrange de magnifiques projets : « Il va nous loger partout à merveille, écrit dans sa joie la duchesse à Louis XIV, et c'est de quoi j'ose dire à Votre Majesté que nous avons grand besoin » Mais Léopold ajourne ces travaux, dans l'espoir où il est alors d'échanger sous peu la Lorraine contre le Milanais. Chassé de sa capitale par les événements de la guerre, il songe à faire de Lunéville son Versailles, et charge Germain Boffrand, l'élève de Mansard, d'élever un palais sur l'emplacement du vieux château, construit à la fin du Xème siècle par les premiers comtes de la ville, et plusieurs fois transformé dans la suite des temps, principalement par les ducs René II et Henri II.

 

 

En 1706, le château actuel est debout. Il se compose d'un principal corps de logis, de forme rectangulaire, dominé au centre par un élégant donjon ; ce corps de logis fait face, à l'ouest, à une vaste cour que limitent à droite et à gauche des constructions en ailes, et que divisaient jadis deux belles grilles en fer forgé. Les bâtiments de l'avant-cour, si lourds sur leurs « assises pyramidales, servent, au rez-de-chaussée, d'écuries et, dans les étages, de logement aux officiers de la maison ducale ; les bâtiments de la cour intérieure sont réservés, l'un aux filles d'honneur, l'autre à divers seigneurs et aux princes étrangers. Sur la façade est du corps central se développe, mais à droite seulement, un vaste pavillon en aile, occupé au rez-de-chaussée par les souverains et au premier étage par les princes et princesses du sang ; le pendant, que Boffrand a pourtant prévu, ne sera jamais construit, sans doute pour ne pas priver les appartements ducaux de la vue sur la vallée de la Vezouse et les riants coteaux de Huviller.

Boffrand attache le plus grand prix à l'effet extérieur d'un édifice, et estime que l'attention de l'architecte doit se porter d'une façon toute particulière sur le choix d'un bel emplacement. De là les efforts de l'artiste pour tirer le meilleur parti d'un terrain naturellement peu favorable ; mais il lui est impossible de donner au château de Lunéville un dégagement suffisant au midi, où les maisons de la ville le dominent et l'encaissent. C'est de ce côté, et contiguë aux appartements ducaux, que s'élève la chapelle, qui rappelle celle de Versailles, de même d'ailleurs que l'ordonnance générale de l'édifice évoque vaguement le souvenir de la demeure préférée de Louis XIV.

A l'intérieur, on admire la richesse des décorations, les toiles de Claude Jacquart et de Louis Chéron, les tapisseries des Gobelins, présents du roi de France, et aussi les remarquables travaux de Charles Mitté, le « tapissier de l'hôtel ».

Les jardins de Lunéville, les Bosquets comme on les appelle déjà, ne seront dessinés que plusieurs années après l'achèvement du château ; on y travaille surtout en 1711 et 1712, sous la direction d'Ives des Hours, qui, pour récompense de ses services, est anobli en 1715. Nicolas Renard les orne de statues ; mais c'est seulement au temps de Stanislas, lorsque Héré fera sortir du sol un peuple de dieux et de déesses du paganisme, des bassins, des kiosques, des constructions de toutes formes, qu'on pourra sans trop de flatterie comparer Lunéville à Versailles.

 

 

 à suivre

 

 



23/04/2019
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