La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La cour de Lunéville sous le duc Léopold : 1 - le château de Lunéville

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est la veille de l'occupation de Nancy par les troupes du comte de Tallard, le 2 décembre 1702, que la famille ducale s'était installée à Lunéville, où l'avaient suivie les principales familles lorraines. On s'était d'abord logé provisoirement, comme on l'avait pu, dans les pièces encore habitables du château, à l'hôtel de ville et chez divers particuliers.

Comme presque tous les petits souverains de l'époque, qui se piquaient d'imiter Louis XIV, Léopold avait le goût des constructions. Dès son arrivée en Lorraine, il se trouvait mal à l'aise dans le palais ducal de Nancy.

Peu de temps après son mariage, il priait instamment le roi de France de lui envoyer Mansard : il voulait consulter le grand architecte, alors à l'apogée de sa gloire, sur tous les embellissements qu'il rêvait. Mansard fit pour le palais de Nancy et pour la maison de campagne de la Malgrange de magnifiques projets : «Il va nous loger partout à merveille, écrivait dans sa joie la duchesse à Louis XIV, et c'est de quoi j'ose dire à Votre Majesté que nous avions grand besoin.» Mais Léopold ajourna ces travaux, dans l'espoir où il était alors d'échanger sous peu la Lorraine contre le Milanais. Chassé de sa capitale par les événements de la guerre, il songea à faire de Lunéville son Versailles, et chargea Germain Boffrand, l'élève de Mansard, d'élever un palais sur l'emplacement du vieux château, construit à la fin du Xème siècle par les premiers comtes de la ville, et plusieurs fois transformé dans la suite des temps, principalement par les ducs René II et Henri II.

En 1706, le château actuel était debout. Il se compose d'un principal corps de logis, de forme rectangulaire, dominé au centre par un élégant donjon ; ce corps de logis fait face, à l'ouest, à une vaste cour que limitent à droite et à gauche des constructions en ailes, et que divisaient jadis deux belles grilles en fer forgé. Les bâtiments de l'avant-cour, si lourds sur leurs «assises pyramidales, servaient, au rez-de-chaussée, d'écuries et, dans les étages, de logement aux officiers de la maison ducale ; les bâtiments de la cour intérieure étaient réservés, l'un aux filles d'honneur, l'autre à divers seigneurs et aux princes étrangers. Sur la façade est du corps central se développe, mais à droite seulement, un vaste pavillon en aile, occupé au rez-de-chaussée par les souverains et au premier étage par les princes et princesses du sang; le pendant, que Boffrand avait pourtant prévu, ne fut jamais construit, sans doute pour ne pas priver les appartements ducaux de la vue sur la vallée de la Vezouse et les riants coteaux de Huviller.

 

 

 

Boffrand attachait le plus grand prix à l'effet extérieur d'un édifice, et estimait que l'attention de l'architecte doit se porter d'une façon toute particulière sur le choix d'un bel emplacement. De là les efforts de l'artiste pour tirer le meilleur parti d'un terrain naturellement peu favorable ; mais il lui était impossible de donner au château de Lunéville un dégagement suffisant au midi, où les maisons de la ville le dominent et l'encaissent. C'est de ce côté, et contiguë aux appartements ducaux, que s'élève la chapelle, qui rappelle celle de Versailles, de même d'ailleurs que l'ordonnance générale de l'édifice évoque vaguement le souvenir de la demeure préférée de Louis XIV.

A l'intérieur, on admirait la richesse des décorations, les toiles de Claude Jacquart et de Louis Chéron, les tapisseries des Gobelins, présents du roi de France, et aussi les remarquables travaux de Charles Mitté, le « tapissier de l'hôtel ».

Les jardins de Lunéville, les Bosquets comme on les appelait déjà, ne furent dessinés que plusieurs années après l'achèvement du château ; on y travailla surtout en 1711 et 1712, sous la direction d'Ives des Hours, qui, pour récompense de ses services, fut anobli en 1715. Nicolas Renard les orna de statues; mais c'est seulement au temps de Stanislas, lorsque Héré eut fait sortir du sol un peuple de dieux et de déesses du paganisme, des bassins, des kiosques, des constructions de toutes formes, qu'on put sans trop de flatterie comparer Lunéville à Versailles.

 

 

 

 

Tiré de : Études sur le règne de Léopold, duc de Lorraine et de Bar (1697-1729) / par H. Baumont,...1894. Bibliothèque madiathèque de Nancy.

 

 



02/06/2018
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