La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La guerre de la hottée de pommes

 

La Lorraine fut tout au long du Moyen Age et surtout aux XIV et XVe siècles, ravagée par les guerres. Les seigneurs lorrains : duc de Lorraine, comte puis duc de Bar, comte de Vaudémont, évêques de Metz, Toul et Verdun, cité de Metz, sont perpétuellement en lutte.

Metz, ville d’empire, est une cité opulente et une des places les plus fortes d’Europe. Elle est donc convoitée par les Lorrains de Nancy et en particulier par leur duc, Charles II.

L’abbaye de Saint-Martin les Metz ainsi que son faubourg composé de 120 familles, dépend du duché de Lorraine. L’abbé Chaillot est nommé titulaire de l’abbaye et du faubourg. Suivant l’usage, Chaillot reçoit l’investiture du duc sans qu’il soit besoin de demander des bulles au Pape. Chaillot sollicite néanmoins des bulles. Cette démarche offense le duc et cause dans l’abbaye des discussions dont Perrin d’Haussonville profite pour chercher à supplanter Chaillot. Celui-ci, pour éviter les tracasseries, se retire dans une maison qu’il possède à Metz.

En septembre 1727, usant de son droit, l’abbé Chaillot fait cueillir une hottée de pommes dans le jardin du monastère et la fait apporter chez lui. Les religieux, partisans de Perrin, dénoncent le fait aux officiers du duc de Lorraine qui au nom de leur maître, réclament à plusieurs reprises, des droits sur les fruits, du fait de leur sortie des Etats de Lorraine, pour entrer à Metz. Les magistrats messins défendent à l’abbaye de payer quoi que ce soit, au prétexte que c’est contraire à leurs franchises. Les esprits s’échauffent petit à petit. On commençe par enlever du bétail de part et d’autre. On fait des prisonniers. Enfin, c’est la guerre ouverte.

Les Lorrains ravagent le village de Corny. Les Messins en représailles attaquent celui de Belrain. Ils attaquent aussi le monastère et le faubourg Saint-Martin dont ils ne laissent debout que l’église de l’abbaye et l’église du village.

Ces hostilités intermittentes durent deux ans.

En 1428, Charles II de Lorraine, dans le but d’affamer la cité messine, fait fermer tous les chemins des duchés menant vers cette ville et demande aux autres seigneurs de clore tous les accès autour de Metz.

Seule la duchesse de Luxembourg refuse de participer à cette querelle, et fait ordonner que les gens de Metz puissent acheter et vendre à Luxembourg tout à leur plaisir

Au mois de juin 1429, Charles de Lorraine constatant qu’il n’aurait aucune compensation pour la hottée de pommes, fait ravager les plaines environnantes par 1500 chevaux et 5000 fantassins. Ils fauchent les champs de blé et font même abattre un gibet sur lequel se trouvent 32 hommes attachés.

Le 10 juillet René d’Anjou, duc de Bar et gendre de Charles II envoie son héraut d’armes défier les seigneurs et les bourgeois de Metz. Le même jour le duc de Bavière, le marquis de Bade et l’archevêque de Cologne envoient le même défi à Metz. Le lendemain, tous marchent vers cette ville avec une armée de 10000 chevaux et 20000 fantassins.

Le 11juillet, ils prennent la forteresse de Goin puis fauchent les blés de Goin, Pagney et Vigney dont ils attaquent sans succès le château. Le 12 ils prennent le château de Crépy et brûlent la haute et la basse Bévoie ainsi que le village de Peltre.

Le 13 ils mettent le feu au village de Magny, coupent les vignes, fauchent les blés de plus de mille journaux de terre dans les finages de Peltre, Crépy et Magny.

Les troupes de René d’Anjou sont si près de Metz, que du clocher de la cathédrale, on peut compter leurs tentes.

La 15 l’évêque Conrad Bayer de Boppart vient de Vic à Metz et offre aux bourgeois sa médiation pour un accommodement avec le duc. Les messins le remercièrent et lui font savoir que tant que les Lorrains se comporteraient de la sorte, ils n’envisageraient pas le moindre traité.

Le 16 les Lorrains se rendent de grand matin au haut de Châtillon. Ils y dressent deux grosses bombardes qui tirent sur Metz sans causer de dommages importants. Les messins, de leur côté, dressent contre l’armée lorraine une batterie de bombardes qui tuent de nombreux soldats. Les messins sont d’ailleurs si peu effrayés de voir cette armée à leurs portes, qu’ils renforcent à peine leur garde et ne modifient pas les horaires d’ouverture et de fermeture de leurs portes. En conséquence les gens de la campagne continuent, comme auparavant, à apporter des vivres dans la ville et les pillards de la garnison, courir la campagne et faire des prises à l’ennemi.

Le 20 juillet, René II se retire avec ses troupes en territoire Barrois. Les Messins, pour se venger des seigneurs de Rodemach et de Moërs, alliés du duc de Lorraine, marchent contre et se rendent maîtres des deux villes qu’ils incendient.

Un peu plus tard les lorrains viennent un jour à plus de 10000 hommes dans la plaine de Metz et y font de grands dégâts. Les Messins envoient alors 400 chevaux à leur encontre qui les poursuivent jusqu’à Pont à Mousson. Les lorrains contre-attaquent et repoussent les Messins jusqu’au clos de saint-Symphorien, où, profitant d’une parfaite connaissance du terrain, ils prennent 70 soldats ducaux avec leurs capitaines, Messire Véry de Tournay et le Prévôt de Chatenoy, qu’ils gardent prisonniers durant plusieurs mois.

Enfin, à force de sollicitations et de prières Conrad de Boppard, évêque de Metz et le comte de Salm, font conclure entre le duc Charles II et les Messins, une trêve qui doit durer du 7 décembre 1429 jusqu’au lendemain de Noël de la même année.

L’évêque et le comte profitent de ce moment de calme, pour chercher des moyens d’accommodement entre les parties. Ils se rendent l’un et l’autre à Metz, le lendemain de la Fête de saint Thomas de Cantorbery 30 décembre, pour y annoncer que le Duc de Lorraine a nommé des commissaires avec plein pouvoir de finir toutes les difficultés. Ces députés sont les Comtes de Salm, de Blamont, de Richecourt et d’Apremont. Ils s’assemblent le jour même, dans l’Abbaye de saint Arnoul hors des murs de la ville, et décident qu’on relâcherait les prisonniers de part et d’autre, et que chacun demeurerait comme il était avant la guerre.

Le Comte de Salm publie cette paix le premier jour de l’an 1430, dans la chapelle de Notre-Dame de la Ronde, mais Charles II ne veut ni recevoir les prisonniers qui lui sont envoyés de Metz, ni relâcher ceux qui sont en sa puissance.

Dans l’intervalle, Conrad de Boppart était allé à Rome avec son neveu Jacques de Sierck, pour faire valoir son élection à l’Archevêché de Trêves. Il est fort surpris à son retour à Metz, sur la fin de juillet 1430, d’apprendre que le Duc ne veut tenir aucune des conditions de la paix. Il se donne, de même que le Comte de Salm, tous les mouvements possibles pour obtenir l’élargissement des prisonniers, mais le Duc exige des conditions trop dures, et ils demeurent à Nancy et dans les autres lieux où ils sont gardés, jusqu’au 25 janvier 1431, jour de la mort du Duc Charles. Alors, la Duchesse Marguerite son épouse, à qui l’autorité était dévolue, les fait tous mettre en liberté.

Les Messins démolissent quand même la Basilique de Ban-Saint-Martin, et ils en employèrent les démolitions à construire la digue de Wadrineau qui n’était alors qu’un bâtardeau.

Implacable dans son ressentiment, la ville de Metz défendit, à ses habitants, de bâtir ou de réédifier aucune maison dans le faubourg de Saint-Martin, et même de prêter de l’argent aux étrangers qui voudraient s’y établir.

Et c’est ainsi que, pour une hottée de pommes, s’était allumée une guerre sanglante, où furent brûlés plusieurs villages, et qui causa la ruine d’une très ancienne abbaye et d’une église qui ne cédait en rien à la cathédrale de Metz.

Devenu faubourg de Metz, le Ban-Saint-Martin se rétablit promptement, mais les maisons en furent rasées dans le siège de 1444. Elles le furent encore en 1552, par le duc de Guise, lorsque Charles-Quint vint assiéger Metz.

Les reliques de Saint Sigisbert, qui étaient restées dans l’église paroissiale du faubourg furent données au duc Charles III par les messins qui les transportèrent solennellement jusqu’à Corny. Elles furent ensuite déposées dans la primatiale de Nancy.

 

 

Sources :chronique du curé de Saint-Eucaire de Metz (histoire générale de Metz t II)

Le roi René en lorraine par le chanoine Cherrier – 1895 (bibliothèque médiathèque de Nancy).

 

 

 



06/01/2018
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