La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

la Lorraine sous Léopold - 2.19 - la louveterie

D’autres dispositions étaient plus impérieusement réclamées contre les bêtes fauves. Les loups n’avaient pas été les derniers à tirer parti de la désorganisation apportée par les guerres dans l’administration de la province. Ils ne vérifiaient que trop le proverbe, qu’il n’est pas si grande guerre que quelqu’un n’en profite. Leur nombre s’était multiplié en 1698 de la manière la plus effrayante. Il n’y avait pas de village où ils ne portassent la désolation par leur férocité et leurs ravages. Le duc se hâte de rétablir les anciennes louvières et d’en ouvrir de nouvelles, de telle sorte qu’il y en ait au moins deux dans chaque village, une à chaque bout. Son ordonnance du 8 juillet 1698 veut que ces louvières soient profondes de vingt pieds et larges de 18 pieds par le bas et de 12 par le haut. Depuis longtemps supprimées, elles ont laissé leur nom à plusieurs des localités qu’elles occupaient. C’est ainsi par exemple que la ville d’Épinal a sur son territoire le chemin de la « Louvière » à l’extrémité duquel se trouvait le piège à loup.

 

Nancy - porte Saint- Nicolas

 

Quoique fort nombreuses, les louvières ne pouvaient opérer sur une grande échelle la destruction des loups, qui continuaient à dévaster le pays et à alarmer les habitants. Cette considération détermine Léopold à créer, le 10 mars 1702, la louveterie de Lorraine. Il place à la tête de cette institution un grand-maître ou grand-louvetier ayant pouvoir de donner des commissions de lieutenant de louveterie aux capitaines des chasses des bailliages, et des commissions de garde ou passavant de louveterie aux garde - chasses des prévôtés. Les chasses aux loups sont ordonnées par le grand- maître. Les habitants et les communautés des bourgs et des villages, et un certain nombre d’habitants des villes, autres que les bonnes villes de Nancy et de Bar, sont tenus d’y concourir jusqu’à la distance d’une lieue de leur résidence. On n’en exempte que les malades, les sexagénaires, les veuves et les filles tenant ménage. Les habitants se munissent de leurs fusils ; la communauté les pourvoit à ses frais de trois coups de poudre et de plomb. On doit tirer sur les loups, les loups cerviers, les renards, les blaireaux, les chats sauvages, les putois, les martres et les fouines, mais on doit épargner les cerfs, les chevreuils les lièvres, les lapins et les autres bêtes et gibiers. Les animaux tués sont exactement recensés et leurs peaux ou fourrures remises tous les trois mois au grand-maître de la louveterie. Les tueurs de loups cerviers ont le droit de quêter pendant huit jours dans leur voisinage. Ce droit tenait lieu des primes pécuniaires qui sont allouées aujourd’hui pour la destruction des bêtes nuisibles.

L’ordonnance du 10 mars 1702 porte que des chasses générales auront lieu quatre fois l’an, du 1er novembre au 1er mars. Elle attribue au grand-maître un gage annuel de 2800 francs qui lui est payé par l’argentier de l’hôtel. Léopold appelle à cette charge M. Nicolas-François d’Hennequin chevalier, baron du S‘ Empire et de Curel, l’un de ses chambellans et de ses anciens lieutenants de vénerie.

Cette ordonnance est fréquemment enfreinte par les destructeurs des animaux sauvages, qui trouvent fort commode de s’approprier les peaux et les fourrures de leurs victimes et de priver le grand-louvetier d’un bénéfice auquel il tient beaucoup. La contravention se renouvelle d’autant plus facilement qu’elle n’est réprimée par aucune peine. En second lieu, les lieutenants et les passavants de louveterie ne pouvant pas toujours, à raison des distances et des frais de déplacement, se rendre sur les lieux où les traques doivent s'effectuer, il en résulte ou qu’elles se font mal ou qu’elles ne se font pas du tout. Le grand-louvetier Hennequin de Curel en fait l’objet d’une humble remontrance au duc et Léopold décide, le 7 novembre 1703, que ceux qui, dans la quinzaine, ne remettront pas les peaux et les fourrures aux officiers de louveterie, seront punis d’une amende de cinq francs, et que les habitants qui manqueront aux traques et aux huées encourront celle de deux francs. Ces amendes seront partagées par moitié entre les lieutenants et passavants et les pauvres de la paroisse.

A présent, les fonctions de grand-louvetier sont remplies par les préfets qui nomment les lieutenants de louveterie et qui ordonnent les traques, toutes les fois qu’il en est besoin ; mais il s’en faut de beaucoup que les loups soient aussi nombreux et aussi redoutables que sous le règne de Léopold.

 

 

A suivre

 

Source : la Lorraine sous le duc Léopold – Ch Charton – 1866.

 



21/01/2021
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