La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La saint-lundi

Les directeurs des trois plus importantes mines du bassin de Nancy adressent une lettre au Préfet de Meurthe-et-Moselle en mai 1896.

Les hommes du fer avaient adopté une coutume assez répandue à l'époque : le chômage généralisé les lundis et lendemains de fête, ce que l'on a appelé parfois la saint lundi. Ouvriers et cafetiers faisaient, chacun de leur côté, pour perpétuer cet usage.

C’est ce que leur reprochent les auteurs de cette lettre collective, qui insistent sur la responsabilité des cafetiers, en sollicitant sur ce point une intervention de l'autorité préfectorale.

Les trois mines concernées fournissaient du minerai à trois importantes usines de la région, respectivement celles de Jarville, de Pompey et de Neuves-Maisons.

 

Monsieur Le préfet

Nous soussignés, chefs d'exploitation des mines de fer de la région de Ludres, Chavigny et Neuves-Maisons, avons l'honneur de porter à votre connaissance la constatation de très nombreuses absences qui se produisent parmi nos ouvriers les lundis et mardis.

Ces jours-là, les uns ne viennent pas ; d'autres, venus le matin, sont incapables d'attendre la fin de la journée et quittent le travail pour aller au cabaret ; d'autres restent dans la mine mais ne travaillent pas ; et enfin, parmi ceux qui travaillent, une partie ne le fait que pour éviter une punition ; et, dans l'état de fatigue où ils se trouvent, ils sont beaucoup plus exposés à être victimes d'accidents.

Cet état de choses est déplorable à tous points de vue ; mais il est surtout préjudiciable aux ouvriers qui s'exposent à des amendes ou à des renvois, qui perdent pour la plupart le produit d'une ou de deux journées de travail par semaine et qui, enfin, dépensent au cabaret le meilleur de leur argent, laissant leur famille dans le dénuement.

Nous savons que partout les ouvriers et surtout les mineurs sont sujets à ces défaillances, et nous ne nous étonnerions pas si les limites permises n'étaient de beaucoup dépassées.

Mais les ouvriers ne sont pas seuls responsables.

Le mal provient évidemment de la facilité avec laquelle sont accordées aux cabaretiers des permissions de 2 heures du matin. Ces permissions sont toujours dépassées et, comme il y a un défaut absolu de surveillance, les établissements restent ouverts une partie de la nuit, non seulement le dimanche, mais encore les jours de semaine.

Il nous semble que par une surveillance plus efficace, les ouvriers devraient être protégés contre leur-propre imprévoyance et contre tous ceux qui les exploitent.

L'ordre public, souvent troublé, aurait à y gagner. Veuillez agréer, etc...

 

1. BLANC, Chef d'exploitation des mines de la Société des Forges et Aciéries du Nord et de l’Est à Ludres.

2. (illisible) Chef d'exploitation des Mines de M. Fould-Dupont à Ludres.

3. GRANDIDIER, Directeur des Mines  du Val de Fer.

 

Denis BERNARD

Source : Archives de Meurthe et Moselle, série 10M .

 

 

 

 



01/03/2018
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