La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La vie au village autrefois

 

Les maisons, dans nos anciens villages lorrains, sauf en montagne, se serrent les unes contre les autres. Elles sont vastes et renferment, sous le même toit peu incliné et couvert de tuiles rondes, les chambres d’habitation, séparées des écuries et des granges par un long couloir. Elles s’appa­rentent aux maisons méditerranéennes et sont très diffé­rentes de celles qu’on voit dans le reste de la France, plus petites, même dans les régions riches.

On entre dans la maison lorraine par la cuisine, qui est la pièce la plus importante, et où se trouvait autrefois le seul feu, brûlant sur un grand âtre. A côté de la cuisine, chauffé par la laque de cet âtre, se trouvait le poêle ou belle chambre.

Derrière, c’étaient la chambre à four et d’autres pièces ayant leur ouverture sur le jardin.

A la cuisine, on voyait des buffets et des dressoirs, sur les­quels brillaient les assiettes et les faïences aux couleurs vives. Dans sa boîte sculptée, l’horloge au cadran enluminé faisait entendre son tic-tac. Au milieu, une grande table de chêne était entourée de chaises de bois aux pieds tournés. Au poêle, et dans les autres chambres, le lit à colonnes ou à alcôve, garni de rideaux de toile, voisinait avec l’armoire renfermant les piles de linge, orgueil de la ménagère.

Tous ces meubles étaient fabriqués dans le pays par des menuisiers consciencieux et habiles. Ils n’avaient pas ménagé leur temps pour en creuser les moulures, les couvrir de sculp­tures et de marqueterie, où figuraient des fleurs des jardins et des bois ou des ornements géométriques. C’étaient des meubles solides et honnêtes en même temps que beaux et harmonieux.

 

 

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la façon de vivre de nos paysans n’avait guère varié depuis des siècles. Les besoins étaient peu nombreux et le village se suffisait à lui-même. Les champs, les jardins et le verger fournissaient presque toute la nourriture avec l’étable.

A midi, sur les tables fumait la potée de légumes, agré­mentée de lard et de salaison. Le soir, c’était le laitage, avec les pommes de terre, qui avaient remplacé le millet dès le XVIIe siècle, bien avant Parmentier. Le porc, dont nos ancêtres entretenaient de grands troupeaux depuis les temps gaulois, était surtout consommé. La viande de boucherie ne figurait dans les menus qu’aux jours de fête.

Les outils et les ustensiles, comme les meubles, étaient fa­briqués par les artisans du village. Les étoffes étaient tissées sur place avec le lin, le chanvre ou la laine filés à la quenouille, et plus tard au rouet, par les paysannes au cours des longues veillées de l’hiver. Les habits étaient taillés et cousus par des tailleurs ambulants, qui étaient logés et nourris pendant la durée de leur travail.

Dans presque tous les villages se trouvaient des moulins à farine et des pressoirs à huile. Des colporteurs venaient vendre ce qui n’était pas produit sur place : des poteries, de la faïence, de la bimbeloterie, certains tissus, les almanachs, les images, des plantes médicinales, des poissons de mer salés. Ils passaient à époque fixe et arrivaient souvent de très loin.

Dès avant le XVIIIe siècle, presque tous nos villages avaient des écoles, modestement installées. Le maître, qui exerçait souvent un métier manuel, recevait de la commune un petit traitement, auquel s’ajoutaient de petites sommes payées par les élèves. La langue parlée dès l’enfance était le patois, qui resta presque uniquement employé jusqu’il y a cinquante ou soixante ans, et qui n’est pas encore oublié aujourd’hui. Ce patois n’est pas une altération du français, mais une véritable langue qui s’est développée parallèlement à celui-ci, et qui a sa grammaire et son vocabulaire particulier.

 

 

On observait dans nos villages de vieilles coutumes, dont quelques-unes subsistent toujours : c’étaient la Saint-Nicolas, Noël, les bures du premier dimanche de Carême, les trimazos du 1er mai, les feux de la Saint-Jean d’été, etc... Pour toutes les circonstances de la vie, naissances, mariages et morts, il y avait des coutumes particulières. Toutes celles-ci venaient souvent de très loin dans les âges, et étaient parfois des survivances du paganisme. Les veillées de l’hiver rassem­blaient les paysans autour des âtres. On y travaillait en écoutant les vieux contes et les vieilles chansons, qui se transmettaient ainsi de génération en génération.

Les facilités de communication, le désir de plus de bien-être, les besoins accrus ont changé tout cela, et si la plupart de nos villages ont conservé leur ancien aspect, la manière d’y vivre a complètement changé.

 

Charles SADOUL

 

 



14/04/2019
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