La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La vie en Lorraine au siècle des Lumières - 1.14 la mort de Léopold

En mars 1729, le prince se rendit au Mesnil avec M. de Craon pour visiter un château que ce dernier faisait construire. En voulant franchir un ruisseau, Léo­pold, qui était assez gros, glissa, et il tomba à l’eau ; non seulement il prit froid, mais il se blessa très sérieusement au ventre. Le lendemain, il était atteint d’une fluxion de poitrine et, de plus, sa blessure s’envenimait. Au bout de peu de jours, le délire le prit et on ne put garder d’illusions sur la gravité de la situation, le malade était poursuivi par l’idée fixe de se rendre chez Mme de Craon, et il demandait sans cesse ses porteurs pour l’y conduire.

 

Marc de Beauvau Craon

 

A son lit de mort, il eut encore une pensée touchante pour celle qui avait tant contribué à l’agrément de sa vie ; il employa le peu de forces qui lui restaient à écrire à la duchesse de Lorraine pour lui recommander M. et Mme de Craon.

Le malheureux prince succomba le 27 mars 1729, à cinq heures et demie du soir, après cinq jours de maladie : « Je suis extrêmement touché de la mort du prince, écrit pompeusement d'Audiffret, et j’ose assurer que c’est une perte irréparable pour ses sujets. L'on a eu la consolation qu’il est mort en héros chrétien. »

Mme de Craon éprouva le plus violent désespoir de la mort de l’homme qu’elle aimait si passionnément ; elle voulut dominer sa douleur et la dissimuler, mais elle n’y put parvenir et tomba à son tour dangereusement malade.

Par son testament, Léopold avait composé avec MM. de Craon, de Lixin et le président Lefèvre, un conseil de régence dont la duchesse était exclue. Le testament fut cassé, la duchesse douairière nommée régente et libre de désigner à sa guise les membres du conseil.

Tout le monde s’attendait pour les Craon à une véritable persécution ; on était convaincu que la duchesse allait enfin se venger de ses longues années de souffrance et de patience.

Il n’en fut rien. Soit générosité naturelle, soit qu’elle ait eu égard à la lettre de son mari mourant, la duchesse ne prit aucune mesure envers les favoris du duc ; elle se contenta de suspendre M. de Craon de ses fonctions de grand écuyer.

Léopold avait laissé le trésor dans un état déplorable ; non seulement les caisses étaient vides, mais les dettes s’élevaient à plus de 14 millions. « Les revenus sont dissipés deux ans d’avance, écrit M. d’Audiffret ; c’est le chaos ».

 

château de Lunéville

 

Le conseil de régence dut prendre des mesures pour atténuer les dilapidations du duc. Il ordonna que toutes les portions aliénées du domaine feraient retour à l’Etat, que les terres achetées par l’Etat et données à des particuliers seraient restituées en nature ou en argent, etc.… ces mesures étaient surtout dirigées contre le prince de Craon.

Ce dernier, non seulement les accepta avec bonne grâce, mais il avait été au-devant en déclarant que, tenant tous ses biens du prince seul, il ne les garderait que s’il plaisait à son souverain. Il se soumit si complaisamment à toutes les restitutions qu’on exigeait de lui que ses ennemis eux-mêmes en furent surpris et désarmés. Cette attitude si noble, et qui était la meilleure des réponses à ceux qui l’accusait de bas calculs, lui valut l’estime et l’affection de tous, et il conserva en Lorraine et à la nouvelle cour une situation considérable.

 

A suivre

 

 

 



10/05/2020
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