La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La vie en Lorraine au siècle des Lumières - 1.2 le mariage du duc Léopold

 

 

Elisabeth Charlotte présente le portait de Léopold

 

Le mariage de Léopold avec Elisabeth Charlotte d’Orléans, une fille de Monsieur (Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV) et de sa seconde épouse la princesse palatine de Bavière, avait été arrêté du vivant de la reine Marie-Éléonore. Le marquis de Couvonges s’était publiquement rendu en France, après la signature du traité de Ryswick, afin d’en régler toutes les conditions. Le roi l’avait reçu avec beaucoup de faveur, et s’était empressé de saisir cette occasion pour parler de son futur neveu dans les termes les plus flatteurs. Mais le matin du jour où il venait d’accorder, dans une audience particulière, la main de la jeune princesse française, la nouvelle de la mort de la duchesse douairière de Lorraine s’était soudainement répandue à Versailles. Le deuil qui s’en était suivi et l’obligation d’obtenir à Rome les dispenses nécessaires aux époux, qui étaient parents au quatrième degré, amenèrent forcément quelques retards. Lorsqu’un temps raisonnable se fut écoulé, M. de Couvonges retourna de nouveau à la cour de Versailles pour mettre la dernière main à cette alliance, au point de vue politique, si importante pour la Lorraine, et de part et d’autre également désirée.

Tous les préliminaires réglés, le roi de France donna en mariage à sa nièce 900 000 livres comptant. Monsieur et Madame y ajoutèrent chacun 200 000 livres payables après leur mort, et 300 000 livres de pierreries ; moyennant quoi, Mademoiselle s’engagea à renoncer à toute prétention dans leur héritage, au profit de M. le duc de Chartres et de ses enfants mâles. La célébration du mariage par procuration se fit à Fontainebleau, le 12 octobre 1698, le duc d’Elbeuf représentant Léopold.

La princesse était non seulement aimée avec tendresse par tous les siens, mais aussi goûtée de la cour que du public ; son départ excita d’unanimes regrets.

Elisabeth-Charlotte d’Orléans, nommée d’abord Mademoiselle de Chavires, et plus tard Mademoiselle, avait été élevée avec beaucoup de soins par sa mère, cette princesse de Bavière, demeurée toujours allemande à la cour de Louis XIV. Au dire de la Palatine elle-même, «sa fille n’était pas jolie, mais elle était singulièrement bonne, douce et affable. » Elle avait toujours évité de se mêler aux petites querelles féminines qui divisaient l’intérieur de la famille royale et qui, plus d’une fois, avaient nécessité l’imposante intervention du roi. Louis XIV lui savait gré d’avoir su bien vivre avec les princes et princesses du sang de France, comme avec les enfants légitimés de Mme de Montespan. Elle s’était fait surtout apprécier et chérir par Mme la duchesse de Bourgogne.

La fiancée de Léopold, qui avait eu le don d’émouvoir à la fois la tendresse du vieux roi et la gracieuse sensibilité de la jeune duchesse de Bourgogne, au moment de son départ, ne fut pas elle-même moins troublée, lorsque, accompagnée par le duc d’Elbeuf et Mme la princesse de Lillebonne, il lui fallut s’acheminer vers sa nouvelle patrie. Ses larmes séchèrent toutefois un peu pendant le chemin. « Mademoiselle accoutumée aux Lorrains par Monsieur et même par Madame », nous dit le duc de Saint-Simon, « était fort contente de son établissement... Elle était ravie d’être mariée à un prince dont toute sa vie elle avait entendu vanter la maison, et établie à soixante-dix lieues de Paris au milieu de la domination française. » Sa satisfaction augmenta sans doute quand, arrivée à Vitry-le-François, Mme de Lillebonne lui désigna, à demi caché derrière un groupe de gentilshommes lorrains, le Duc lui-même, qui, incapable de modérer son impatience, - était accouru incognito, jusque sur le territoire français, afin de la saluer plus tôt. A peine le nom du duc de Lorraine avait-il été prononcé, que Mademoiselle voulut, suivant l’étiquette, se jeter à ses pieds ; mais Léopold la prévint, et la première entrevue des deux époux parut, aux assistants charmés, toute pleine d’empressements mutuels et d’affectueuse cordialité. Quelques jours après (25 octobre 1698), le mariage, déjà célébré par procuration à Fontainebleau, fut renouvelé à Bar avec une grande magnificence. A partir de ce moment, la Duchesse, séparée de son entourage français, reçut les soins exclusifs des personnes qui composaient sa maison. C’étaient la marquise d’Haraucourt, sa dame d’honneur, la marquise de Lenoncourt, sa dame d’atours, et le comte des Armoises, son chevalier d’honneur. Ainsi entourée des principaux seigneurs du pays, et conduite par son époux, elle commença à travers la Lorraine, en se dirigeant vers Nancy, un voyage dont chaque étape était marquée par les acclamations du peuple des campagnes, et par les joyeuses fêtes que les bourgeois des moindres villes s’empressaient de lui offrir. Retardés dans leur marche par l’accueil enthousiaste des populations, le Duc et la Duchesse durent encore s’arrêter un jour entier à Jarville, afin de laisser terminer les somptueux préparatifs par lesquels, depuis un temps immémorial, les habitants de Nancy avaient coutume de célébrer l’entrée solennelle de leurs souverains dans la capitale.

 

A suivre.

 

Vous trouverez le détail des sources utilisées dans l’article « la vie en Lorraine au siècle des Lumières, introduction » publié le 2 février 2020 dans le blog « la-Lorraine-dans-le-temps ».

 



29/02/2020
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