La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

La vie en Lorraine au siècle des Lumières - 1.1 l'arrivée du duc Léopold à Lunéville

 

le duc Léopold

 

 

Fils de Charles V, duc titulaire de Lorraine et de Bar, et d'Éléonore d'Autriche (1653-1697), reine douairière de Pologne et sœur de l'empereur Léopold Ier, le jeune Léopold, né le 11 septembre1679 à Innsbrück, est le filleul de ce dernier, dont il reçoit le prénom.

Les duchés de Lorraine et de Bar sont alors occupés militairement par les troupes françaises depuis une trentaine d’années et Charles V ne peut y résider ; réfugié à la cour d'Autriche, il a été nommé gouverneur du Tyrol par l'Empereur son beau-frère. Le petit Léopold passe son enfance auprès de sa mère à Innsbruck, la capitale, tandis que son père s'illustre dans les combats des armées impériales contre les Turcs.

En 1690, Charles V meurt ; Léopold, qui a 10 ans, reçoit le titre de duc de Lorraine et de Bar, alors que les duchés restent occupés par la France. Sa mère Éléonore, femme d'un esprit supérieur et rigoureux, devient la régente en titre des duchés lorrains

 

Le 20 septembre 1697, les traités de Ryswick mettent fin à la guerre entre la ligue d’Augsbourg et Louis XIV. Un traité de paix est signé entre la France, l’Angleterre, l’Espagne et les Provinces Unies.

Le 30 septembre de la même année le Saint Empire et la France font la paix à leur tour. De ce fait, les Lorrains obtiennent la restitution des duchés. Louis XIV conserve tout de même les villes de Longwy et Sarrelouis. L’armée royale conserve un droit de passage en Lorraine et en Barrois.

 

Dès le 4 février 1698, Léopold envoie à Nancy quatre émissaires chargée de préparer son arrivée. Ils rétablissent la cour souveraine de Lorraine, fixent les impôts, la justice et déterminent les structures administratives.

Le 14 mai 1698, le duc entre dans ses états par Blâmont. Le lendemain, il gagne Lunéville où il s’installe dans l’attente du départ des soldats qui occupent sa capitale, Nancy.

 

Aussi à l’arrivée de Léopold, la petite cité de Lunéville est en liesse. Au centre des principales places s’élèvent des arcs de triomphe ; toutes les maisons sont ornées de lauriers et de drapeaux ; le long des rues, des guirlandes de feuillage et des rangées de sapins, plantés pour la circonstance, donnent à la ville un air de fête. De toutes parts accourent les bourgeois organisés en compagnies d’honneur ; les habitants de la cam­pagne, revêtus de leurs plus beaux habits, arrivent des points les plus éloignés et remplissent les rues du bruit de leur gaieté exubérante.  Sur tous les visages se lisent la satisfaction et le bonheur.

La joie devient du délire lorsqu’on voit s’approcher un somptueux cortège de cavaliers et de carrosses. En tête s’avance, sur un cheval fringant, le jeune duc de Lor­raine, Leopold. Le prince, à peine âgé de dix-huit ans, est un élégant cavalier ; il possède le double et incomparable charme de la jeunesse et de la beauté   son regard franc, sym­pathique, accueillant, séduit tous les cœurs. De longues acclamations s’élèvent sur son passage ; on se presse autour de lui, on embrasse ses mains ; tous les yeux sont pleins de larmes, mais de larmes de joie et d’espoir.

La noblesse lorraine, accourue en grand nombre, fait escorte à son souverain.

Léopold n’a rien négligé de ce qui pouvait frapper l’imagination de ses sujets et le grandir à leurs yeux. Outre des carrosses magnifiques, de nombreux domestiques, des meubles somptueux, il s’est fait suivre des trophées que, malgré son jeune âge, il a déjà conquis sur les Turcs (1). L’admiration est géné­rale quand on voit défiler ces délicieux petits chevaux arabes si vifs et si légers, tenus en main par des heiduques. Mais l’émerveillement n’a plus de bornes quand parait une longue suite d’animaux bizarres et complètement inconnus en Lorraine ; on les montre du doigt, on chuchote leur nom ; on ne se lasse pas d’admirer ces étranges et somptueux « chameaux », tous brillamment caparaçonnés et conduits par des prisonniers arabes (2).

La satisfaction des Lorrains, en retrouvant un prince de la famille qui règne sur eux depuis tant d’années, est sans bornes, et ils la manifestent par des témoignages irrécusables.

 

On comprendra mieux les acclamations enthousiastes qui accueillent Léopold lorsqu’on sait à quel degré de misère et de détresse est tombé ce malheureux pays.

Depuis soixante-dix ans la Lorraine est pour ainsi dire le champ clos que se disputent et s’arrachent successivement les Allemands, les Français, les Suédois.

Opprimée, pillée, rançonnée par les uns et par les autres, suivant les hasards de la guerre, cette province, jadis riche et prospère, offre le tableau le plus lamen­table. Ce n’est partout que viols, assassinats, incen­dies, destruction, ruine. Livrées à une soldatesque effré­née, les villes ont été saccagées, les campagnes dévastées. Les infortunés habitants ont fini par chercher un refuge dans les forêts qui couvrent le pays ; ils y vivent relativement à l’abri, mais réduits à l’état de véritables bêtes sauvages et dans une misère que l’on peut deviner.

La famine, la peste sont venues s'ajouter aux dou­leurs de l’occupation étrangère et achever cette œuvre de désolation.

L’occupation française pèse sur la Lorraine avec la plus extrême rigueur, car l’armée vit aux dépens du pays.

Ce peuple infortuné était menacé d’un anéantissement complet. On peut aisément supposer la joie que lui fait éprouver la conclusion de la paix.

Le retour de la Lorraine à un prince de la vieille famille ducale donne à tous l’espoir de jours meil­leurs. On se réjouit d’échapper enfin à une longue oppression et à une odieuse tyrannie. Comme au soir d’un affreux cauchemar, les Lorrains oublient presque l’horreur des maux qui les ont frappés pour ne songer qu’à l’avenir, et ils manifestent leur bonheur et leur confiance par une gaieté délirante.

Léopold ne dément pas les espérances que ses sujets ont fondées sur lui. Malgré sa jeunesse, il s’oc­cupe activement de rendre le bien-être et la prospérité à la Lorraine ; il rebâtit les villes et les villages, rappelle les habitants, fait venir des étrangers, repeuple les campagnes, encourage l’agriculture, l’industrie, le com­merce, et il mérite bientôt le nom glorieux de restaurateur de la patrie.

 

 

(1) En 1696, à la bataille de Temesvar, Léopold avait montré un courage héroïque et chargé plusieurs fois les Turcs à la tête de la cavalerie allemande. Il n’avait pas montré moins de bravoure en 1697 sur le Rhin, au siège d’Ebersbourg.

(2) Les chameaux furent ensuite logés sous les voûtes de l’ancienne porte de Saint-Nicolas à Nancy, qui depuis prirent le nom de « voûtes des chameaux ».

 

A suivre.

 

sources : se reporter à l'introduction publiée le 23 février 2020.

 

 

 

 



23/02/2020
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