La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Le Carnaval à Metz aux XV et XVIèmes siècles

 

Si nos ancêtres ne manquaient pas d’originalité dans l’organisation des réjouissances carnavalesques, voici quelques notes tirées de nos anciennes chroniques, au sujet du carnaval :

En 1468, le dimanche-gras, joute au Champ-à-Seille (actuellement le quartier Coislin) par les jeunes seigneurs messins ; ce fut Collignon Remiat qui remporta le premier prix.

 

 1475 — Le lundi-gras, il y eut une grande fête sur la même place, mais la fin en fut troublée par un accident ; en joutant, l’un des seigneurs fut grièvement blessé et resta alité pendant cinq semaines.

 

1497 – Pendant le carnaval, le temps était si beau que les gens tout heureux se déguisèrent en grand nombre pour courir à travers la ville ; seigneurs et nobles dames, bourgeois et bourgeoises, gens d’église et autres, chacun selon ses moyens. Quelques bonnes farces étaient de règle. On raconte que les seigneurs s’amusèrent à faire un géant dont le corps était en osier. Vêtu d'un riche habit, ce géant sortit de la maison de l’échevin Gournaix, qui demeurait au Neuf-bourg. Il mesurait 15 pieds de hauteur et avait une énorme tête. Un homme de forte taille promena dans toute la ville ce mannequin qui portait de gros anneaux aux oreilles et un bâton à la main. Le mardi-gras, ce fut le tour d’une géante ; les réjouissances se terminèrent par une originale cérémonie de mariage entre ces deux personnages.

 

1501 — Pendant les « jours gras » se firent plusieurs « momeries et joieusetés », en la cité de Metz. Le lundi-gras, joute en Change (place Saint- Louis), au cours de laquelle il y eut plusieurs blessés. A l’issue de cette joute on alla festoyer avec les dames en la Neuve-Salle où le souper était préparé. La soirée se termina par un bal dans ce même local qui était tendu de riçhe tapisserie. La Neuve-Salle était située entre les places Saint-Louis 'et du Quarteau.

 

1510 — Parmi les réjouissances de cette année-là il faut noter l’organisation d’un cortège à travers la ville. Il y eut un magnifique char construit en forme de voûte au milieu de laquelle on voyait un grand cœur blanc et noir aux armes de la cité de Metz. A chaque angle était élevée une tourelle aux couleurs blanches et noires.

Dans l’intérieur du char avaient pris place des personnages richement costumés dont l’un figurait la cité. Tous les corps de métier étaient représentés par un artisan à cheval, tenant en main ses principaux outils, faits en bois et peints en or et argent. Le cortège était précédé par des trompettes, des clairons et des tambourins « et ce fut chose bien joieuse, bien triomphante, car il faisoit moult biault oyr ces personnaiges. »

 

1511 — Cette année on fêta le carnaval de façon plus grandiose encore, que d’habitude. Un cortège fut organisé par le bourgeois et chroniqueur Philippe de Vigneulles ; il arrangea un char couvert et richement orné, dans lequel il plaça de jeunes enfants bien costumés au nombre desquels se trouvaient son fils et sa fille. Dans son parcours à travers la ville, il s’arrêta à chaque place, les enfants descendaient pour jouer quelques farces et réciter des tirades composées par ledit Philippe de Vigneulles. Chacun, cette année, rivalisa de zèle et d’entrain pour réjouir le peuple.

Seigneurs, bourgeois, chanoines et autres se déguisèrent en divers personnages, tels que : David, Moïse, Elie, Salomon, Hérode, etc., etc... .

Le dimanche dit «  les Brandons » les Messins virent de nouveau défiler une riche cavalcade. En tête marchaient les neuf preux : trois juifs, Josué, David et Judas Maccabée ; trois païens, Hector, Jules César et Alexandre-le-Grand, et trois chrétiens, Charlemagne, Artus et Godefroy de Bouillon, Ces neuf personnages, étaient « moult richement et maignifiquement accoustrés ». Ils étaient montés sur des chevaux déguisés en licorne, dromadaire, chameau, gros mouton, etc.

Venaient ensuite trois chars magnifiquement garnis sur lesquels se trouvaient des personnages représentant en tableaux vivants des scènes de la Bible. Le cortège se terminait par un autre char rempli de buveurs, figurant le « Paradis des ivrognes ».

 

1521 — Cette année, Philippe de Vigneulles et les marchands de Metz organisèrent un nouveau cortège. Chaque corps de marchands avait son char occupé par les dames déguisées. Les hommes, montés à cheval ou à mulet, les suivaient habillés en princes. Avec eux se trouvait le seigneur Chaverson, maître-échevin de Metz, qui avait fait préparer un banquet dans son hôtel, où il régala toute la compagnie.    

  

REPRÉSENTATION DU CARNAVAL ET DU CARÊME

  

On personnifiait anciennement dans notre bonne ville de Metz, dit l’historien Dupré de Geneste, le carnaval et le carême. Celui-ci paraissait d’abord bien vêtu et en bonne santé, suivi de poissonniers qui formaient sa cour. Son embonpoint diminuait à mesure que Pâques approchait et ses courtisans se faisaient de plus en plus rares.

On le voyait ensuite en bonnet de nuit, accompagné d’un médecin et d’un apothicaire. Enfin, il mourait la veille de Pâques, à la chute du jour.

Le carnaval n’avait pas le même sort. Au contraire, on prenait grand soin de lui, pour qu’il ne lui arrivât aucun mal.

Le mardi-gras, un peu avant minuit les bouchers roulaient le joyeux sire, endormi de lassitude, dans un épais drap et l’enfermaient dans une double caisse faite d’un bois choisi, et dûment scellée par les maîtres.

La fin du mannequin représentant le carême était plus sinistre ; on le brûla d’abord au milieu d’un grand feu : plus tard on lui attacha des fusées et des pétards qui le réduisaient en cendres, ce qui amusait beaucoup le peuple.

Les citations de Dupré de Geneste, sont confirmés par un règlement de police du. 18 février 1487, contenant les mesures d’ordre à faire observer lors de la représentation du carême sur les marchés de Metz.

 

Jean-Julien.

Le Pays Lorrain 1909

 

 



06/03/2018
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