La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Le département de la Meuse au lendemain de la Première Guerre mondiale - 1 - Premières mesures

Le département de la Meuse au lendemain de la Première Guerre mondiale

 

Rapport du Préfet de la Meuse

 source Gallica - BNF

 

Le département de la Meuse a été particulièrement touché durant la Première Guerre mondiale. La paix revenue, il a fallu réorganiser les services publics, ravitailler la population, reconstruire les immeubles détruits, réparer les infrastructures (routes, ponts, voies ferrées), aider les habitants à retrouver une vie normale

Le rapport établi par le Préfet de la Meuse en 1928, sur les actions menées par les services de l’Etat dans l’immédiat après-guerre, constitue une source d’informations d’autant plus riche que peu d’historiens se sont penchés sur la période 1918-1928.

 

1 - Premières mesures

 

 

A la date du 11 novembre 1918, au moment de l'armistice, tout le département de la Meuse avait été plus ou moins atteint par les événements de guerre. Sur 585 communes, 384 étaient considérées comme sérieusement, sinon totalement dévastées. Si l’on se reporte à cette époque tragique où le territoire était jonché des décombres des immeubles détruits, de réseaux de défenses, de matériel abandonné de toutes parts par les armées alliées et ennemies, où la population était réfugiée et dispersée dans la France entière, où les voies de communications étaient interrompues, et que, si l’on songe qu’il fut décidé de reconstituer intégralement le territoire, on peut se rendre compte de la complexité du problème qui se posait aux pouvoirs pu­blics.

Pas de main-d'œuvre, pas de matériel : seule la bonne volonté de tous ne faisait pas défaut. Et cependant, affluaient vers leurs ruines les réfugiés meusiens, pressés qu’ils étaient de retrouver et de reconstituer leurs foyers.

La loi des dommages de guerre n’était pas votée — elle ne le fut que le 17 avril 1919. En attendant, il fallait se con­tenter, par des mesures provisoires, mais immédiates, de parer aux situations les plus pressantes.

Un service administratif fut constitué sous la direction d’un Secrétaire Général spécial, pour le paiement des allocations de réfugiés, l’organisation des secours en nature et l’attri­bution d’avances sur dommages de guerre.

De son côté, le service des Ponts et Chaussées s’occupait de la partie technique : installation de baraquements, remise en état d’habitabilité sommaire des immeubles réparables. La main-d’œuvre était fournie par l’armée et surtout par les Compagnies de prisonniers de guerre.

Les parcs du génie et les transports de l’armée furent utilisés. Un service des travaux de première urgence, militaire à l’origine, dépassant d’ailleurs les cadres du département, réalisa un commencement de coordination des moyens d’exé­cution.

Au début de 1919, on nomma un architecte en chef pour le département et des architectes d'arrondissement. Puis on organisa le service de la reconstitution foncière et du ca­dastre. La direction des services agricoles, correspondante de l’office de reconstitution agricole, procédait à des distribu­tions de matériel, d’animaux et d'engrais. Des œuvres de guerre vinrent de leur côté en aide aux sinistrés nécessiteux.

C’était la dispersion déconcertante des efforts. Le Ministère des Régions Libérées avait bien créé des services centraux, mais ceux-ci donnaient directement leurs directives aux différents services départementaux.

Il fut remédié à cette confusion, d’abord par la nomination de Directeurs généraux des services techniques départementaux et par le décret du 6 août 1919 (qui, plaçant l’ensemble de la reconstitution sous l’autorité et la responsabilité des Préfets, précisa les attributions des services et organisa leur groupe­ment).

En matière administrative, le Préfet dirige, assisté du secré­taire général à la reconstitution, tous les services administratifs (allocations, secours, hygiène sociale, évaluation, services financiers, contentieux).

En matière de services techniques et de travaux de recons­titution, il exerce, assisté d’un Directeur général départemental de la reconstitution, l’autorité et le contrôle sur les services techniques et le service d’exécution des travaux pris en charge par l’Etat.

Ces services techniques comprenaient :

  • le service d’architecture ;
  • le service du génie rural ;
  • le service de la reconstitution foncière ;
  • le service des matériaux ;
  • le service des transports généraux ;
  • le service de la main-d’œuvre ;
  • le service de la reconstitution agricole ;
  • le service spécial d’exécution des travaux qui sont pris en charge par l’Etat.

La loi des dommages de guerre avait bien été votée le 17 avril 1919, mais, en fait, elle n’a pu vraiment être appliquée qu’au jour où la nouvelle organisation fut créée. A l’usage, des modifications furent apportées dans l'aména­gement des services.

Le service d’Architecture avait dans ses attributions la re­construction provisoire et définitive des communes de plus de 600 habitants, les plans d'aménagement et l’établissement des séries de prix.

Le Génie rural s’occupait au début de la reconstruction des communes comportant moins de 600 habitants, de la remise en état du sol, des coopératives et de la délimitation de la zone rouge.

La Reconstitution foncière devait reconstituer le cadastre, les limites de propriétés, procéder à des remembrements, ainsi qu’à la délimitation de la zone rouge.

Les attributions des autres services techniques sont suffi­samment définies par leur dénomination.

Peu à peu, des services ont disparu, soit qu’ils avaient ter­miné leur mission, soit qu'ils aient été absorbés par un autre service.

Ainsi furent successivement liquidés :

Le service des travaux d'Etat, le 15 mars 1920.

Le service de la motoculture, le 31 décembre 1920.

Le service de main-d’œuvre, le 28 février 1921.

Le service des réfugiés, le 30 avril 1921.

Le centre de réparation des machines agricoles, le 1er juil­let 1921.

Le service hippomobile, le 31 décembre 1921.

L’Office des matériaux, Je 31 décembre 1921.

Le Génie Rural, le 1er avril 1922.

Le service automobile, le 31 décembre 1922.

Le service de la voie de 60, à la fin de 1923.

Le décret du 30 mai 1924 réorganisa les services en sup­primant la Direction générale départementale des services techniques et en donnant au Secrétaire général à la reconsti­tution, par délégation du Préfet, autorité sur l’ensemble des services. Ceux-ci étaient au nombre de 7 :

1° Le service du Secrétariat général, du personnel et de la comptabilité ;

2° Le service d’évaluation administrative et du contentieux ;

3° Le service du contrôle du remploi et de la liquidation des Indemnités de dommages de guerre ;

4° Le service du contrôle des coopératives ;

5° Le service technique de reconstitution ;

6° Les services techniques de liquidation ;

7° Le service de la reconstitution foncière.

Ce dernier service fut supprimé le 1er juillet 1920 et ses attri­butions furent confiées au génie rural à Nancy.

Enfin, le décret du 10 septembre 1920 vint encore simplifier cette organisation en confiant aux Ponts et Chaussées toute la partie technique de la reconstitution.

Il ne laissait subsister que le service financier et le service dit « administratif » comprenant notamment, le contentieux, l’évaluation, la comptabilité, etc...

A ces simplifications apportées dans les services, ont corres­pondu des compressions dans le personnel.

 

Effectifs

 

Au 1er janvier       1919                       15 employés          

                            1920                   1291 employés

                            1921                   1228 employés

                            1922                   1034 employés

                            1923                     631 employés

                            1924                    692 employés

                            1925                    339 employés

                            1926                    284 employés

                            1927                    208 employés

                            1928                     142 employés

 

       Ce qui caractérise la reconstitution du département de la Meuse, c’est d’abord l'étendue de la dévastation provenant, d’une part, de la ligne sinueuse du front, consécutive à l’occu­pation de Saint-Mihiel par l’ennemi, d’autre part, de la vio­lence des combats de Verdun, des Eparges, de la forêt d’Apremont, de Vauquois. Enfin les batailles de mouvement de 1914 et de 1918 ont répandu la destruction au sud-ouest et au nord du département.

D’un autre côté, la Meuse est essentiellement agricole. L’industrie tient peu de place dans la reconstitution. C’est ce qui explique que le département entre pour un seizième seulement dans l’ensemble des dix départements dévastés.

Cette particularité a permis de rattacher à Nancy la recons­titution industrielle et la reconstitution des mines.

Je crois devoir exposer ci-après, par service, l’évolution de la reconstitution de la Meuse ; il sera fait mention à part de la reconstitution du domaine de l’Etat (forêts domaniales, canaux, routes, postes et télégraphes, chemins de fer, etc.) qui a été effectuée en dehors des services départementaux.

 

A suivre

 

 

 

 



28/01/2018
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