La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Le sac

 

 

Il y avait à Bacourt, une veuve Françoise Beaulouis, pauvre mais honnête, qui n'aurait pris un liard à personne, si bien que deux hommes qui plaidaient sur un sac d'écus venant d'une succession, lui avaient remis le sac en dépôt, durant le procès, pour être sûrs que ni l'un ni l'autre ne le dépenserait.

Ils avaient bien recommandé à Françoise de ne rendre le sac qu'à eux deux ensemble. Ainsi convenu.

Mais un jour l'un des deux vient seul demander le sac et la femme pensant qu'ils étaient d'accord, ou qu'il avait gagné son procès, lui donne, sans penser plus loin.

Quelque temps après le deuxième vient aussi le réclamer. Plus de sac.

Alors, il envoie l'huissier Poinsignon, de Delme, qui apporte une sommation d'avoir à rendre le dépôt dans les vingt-quatre heures, pour tout délai, sinon en payer la valeur, avec 5 francs par jour de retard.

Voilà notre française bien consternée.

Elle va trouver M le Curé qui lui dit qu'elle ne peut rendre le sac puisqu'elle ne l'a plus, mais qu'il faudrait savoir si le deuxième a le droit de le réclamer, et, qu'elle lui demande ses papiers.

De là, elle court chez le maître d'école, qui lui répond que si elle n'avait pas pris le sac, elle n'aurait pas le rendre.

La pauvre femme n'en a pas fermé l’oeil de la nuit, et, avant le jour, s'en va prendre la diligence de Beaudelet, pour aller à Nancy consulter un avocat et lui expose son affaire.

« Pensez un peu, M. l'Avocat, dit-elle, je n'ai jamais été en justice, même pour être témoin, mon pauvre mari qui est devant Dieu, le sait bien. Ce n'était que pour faire plaisir à ces hommes-là que j'ai gardé leur sac Jésus ! Maria ! Il me faudra donc vendre notre vache, qui va faire veau pourtant, encore mes jards, pour payer ce drôle-là ! »

« Ne pleurez pas, ma brave femme, répond l'avocat, écoutez-moi. Vous êtes convenus de ne rendre les écus à ceux qui vous les ont donnés, que quand ils se présenteront tous deux ensemble. »

« C'est cela, M l'avocat. »

« Eh bien vous répondrez à la sommation que vous êtes prête à rendre.»

« Mais, je ne l'ai plus ».

« Laissez-moi donc achever. »

« Je me tais. »

« Vous répondrez à la sommation que vous restituerez le dépôt quand les deux plaideurs qui vous l'ont apporté viendront le chercher ensemble. Ne vous mettez pas eu peine.

Bien entendu, celui qui avait pris la fuite avec les écus, n'est jamais revenu les chercher. Et l'autre qui n'avait pas le droit de le réclamer seul a encore payé sa sommation à l'huissier.

Et la bonne femme a été bien tranquille ; elle a conservé sa vache et ses jards.

 

René XARDEL

 

 

 

 



31/12/2017
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