La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Les Etats de Lorraine sous Léopold - 2.3 fêtes et distractions

Lors de son entrée à Nancy avec sa femme, Elisabeth Charlotte d'Orléans, les nobles déployèrent un luxe nullement en rapport avec leurs ressources, bien que Léopold refusât de prêter le même serment que ses ancêtres. Dans les jours qui suivirent la cérémonie, simplement religieuse et nullement civique, de son entrée dans la capitale, les souverains prirent une part discrète aux fêtes qui se succédèrent, du 10 novembre 1698 au carême de l'année suivante. A la mascarade du mardi-gras, on vit, au milieu de la noblesse déguisée, Léopold, vêtu en sultan et la duchesse en odalisque (1), parcourir, sur un char, les rues de Nancy.

Parmi les héros de la démonstration figuraient quatre chanoinesses d'Epinal et de Remiremont qu'on est étonné de rencontrer en pareille circonstance.

Pour donner un pendant à. cette fête, destinée exclusivement à la noblesse, le duc et sa femme se mêlèrent le dimanche suivant au cortège qui, suivant un antique usage, parcourait Nancy le jour des Brandons (2).

 

Chaise à porteurs de Léopold

 

Presque partout, on dansait à la fête patronale. Dans les Vosges, l'abbé du monastère et le grand prévôt du chapitre ouvraient les bals champêtres. A eux seuls appartenait la première danse. Dans les villages de leur juridiction, ils déléguaient ce droit au maire ou aux personnes qu'ils voulaient favoriser. Ils présidaient de même aux réjouissances de familles, lorsqu'on les y conviait. Il était rare qu'un baptême ou une noce, des funérailles même (toujours suivies de repas), ne fussent pas honorés de la présence de quelques ecclésiastiques. L'assistance à ces fêtes fut regardée longtemps par les gens d'église comme une œuvre pie qui dispensait de l'office.

Cependant, un édit du 15 avril 1720 vint interdire la danse les jours de fête, sous peine d'amende contre les seigneurs haut-justiciers qui l'auraient permise ; néanmoins ils avaient la faculté d'accorder la permission pour vingt-quatre heures, mais un jour ouvrable.

 

Les brandons

 

Selon une coutume immémoriale, tous les individus qui s'étaient mariés dans l'année allaient au bois de Boudonville, y coupaient un petit fagot, se rassemblaient dans la galerie des Cerfs, organisaient une espèce de procession, et, après avoir parcouru la ville, stationnaient sur la place du Marché, y déposaient leurs fagots, en formaient une bure (du latin buro, je brûle), se faisaient inscrire à l'hôtel de ville ; ce qui leur procurait certaines exemptions pendant un an. Ils revenaient ensuite au palais ducal, et dansaient dans la cour d'honneur jusqu'à la nuit ; on allumait alors une bure, et la cérémonie finissait ordinairement par un feu d'artifice. — Le 8 mars 1699, Léopold, portant un petit fagot et donnant le bras à sa femme qui était enceinte, se promena, ainsi accoutré, dans divers quartiers, se conformant exactement à l'étrange cérémonial usité.

Ce genre de divertissement existait, avec des formes diverses, sur plusieurs points de la Lorraine. Ainsi, par exemple, on dansait dans les Vosges le dimanche de Quadragésime après les vêpres. Les garçons et les filles se réunissaient, au sortir de l'église, dans les lieux consacrés à cet usage et que l'on apportait la bure. Ils se partageaient en chœurs, l'un composé de garçons et l'autre de filles, et formaient la chaîne pour danser le rondeau. Les deux chœurs chantaient ensemble à trois reprises, en faisant autant de révolutions. Le chœur des filles répondait en nommant celle d'entre elles qui était la plus âgée et la plus digne d'être mère. L'élue quittait la chaîne pour se placer au centre et attendre l'amant qui lui était destiné. Les deux chœurs continuaient à chanter et à danser, en faisant trois révolutions à chacune desquelles l'élue répétait en refrain : j’aimerai qui m'aimera. On répétait la première question dans les mêmes formes pour le choix d'un amant, et le chœur des garçons l'indiquait. Lorsque le couple était formé, les deux chœurs chantaient et dansaient, faisant encore trois révolutions autour du couple, à chacune desquelles les deux chœurs lui ordonnaient de s'embrasser. Les habitants rentraient dans la chaîne et ne se quittaient plus. On agissait ainsi tant qu'il y avait des couples à unir. On appelait ce premier jeu, donner des faschenottes (du latin fascinalio, charme, enchantement). Les filles ne quittaient un moment leurs amants que pour allumer, avec les brandons apportés de l'église, les bures autour desquelles on devait reprendre le rondeau et danser jusqu'à l'extinction des feux. Chaque couple s'emparait d'un tison et se dirigeait vers la maison de la fille sous la surveillance des parents qui avaient assisté à la danse, et de ces jeux naissaient presque tous les mariages de l'année. C'étaient les valentins et valentines qu'en d'autres lieux on tirait au sort.

 

Chapelle du château de Lunéville

 

1 - Odalisque : dans la Turquie ancienne, femme de chambre esclave qui était au service des femmes du harem et en particulier du harem du sultan.

A suivre

 



14/06/2020
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