La Lorraine dans le temps

La Lorraine dans le temps

Nancy (Meurthe et Moselle) Etude historique sur le Faubourg Saint-Pierre

A la fin du XVIIème siècle, le vaste terrain que borde des deux côtés des  routes conduisant de Nancy à Lunéville à l'Est, à Neufchâteau au Midi, n'avait encore aucune habitation. «  Pourtant l'ermitage de la Magdeleine, la chapelle de Bonsecours, les quelques maisonnettes de Nabécor, le fort de Sauleru et la ferme de St-Charles existaient déjà ». C'est seulement de l700 à 1715 que commencent à se grouper plusieurs maisons vers les glacis de la porte St-Nicolas et aux alentours de l'antique chapelle de Bonsecours, à cela près, les deux chaussées n'offraient à l'œil que des champs et des prairies. Ce ne fut qu'en 1731, par suite de l'agglomération toujours croissante en ces lieux, que l'on donna le nom de faubourg de Bonsecours, puis de St-Nicolas et enfin de St-Pierre au territoire qui l'a toujours porté depuis ce moment, si ce n'est pendant les quelques années de la Révolution, où la municipalité lui donna le nom de faubourg de la Constitution.

Comme on le voit, l'origine de cette belle avenue, de laquelle on a dit avec raison qu'elle était le vestibule magnifique d'une cité magnifique, est la même que celle de toutes les habitations extérieures des villes trop resserrées dans leur première enceinte. De même, Nancy ayant besoin de se développer chaque jour, il fallait bien que ses nouveaux habitants allassent chercher le terrain de leurs bâtisses au dehors des murailles de la ville, qui à cette époque venait d'être démantelée de ses belles fortifications. Tout naturellement ils durent se fixer de préférence sur les bords des grandes routes qui aboutissaient au centre principal. La sortie de Nancy vers Strasbourg et vers la Bourgogne devait donc se transformer bientôt en deux superbes voies.

Dès le début, la grande rue et celle du Montet sont les principales artères du Faubourg St-Pierre. La première sous le règne du bon roi Stanislas, avait été en partie plantée de hêtres comme toutes les grandes routes d'alors,  mais, en 1813, ils furent arrachés. Ce n'est qu'en 1854 que de nouvelles plantations furent faites, lorsque le faubourg fut débarrassé de « ses vieilles trappes de caves, de ses saillies et de ses grosses bornes » contre lesquelles les voyageurs venaient se heurter pendant l'obscurité des nuits d'hiver.

Quand à la population, elle était déjà, comme nous le rapporte un historien, de mille quarante-six personnes en 1738, c'est-à-dire moins d'une trentaine d'années après la fondation du Faubourg. Pour tout ce monde, qui était catholique, il fallait penser à créer une paroisse, car le nombre des habitants était trop conséquent pour aller encore aux églises St-Roch, St-Nicolas ou St-Sébastien, il était aussi de toute nécessité d'élever une cure en ces quartiers déjà si populeux et appelés à tant d'extension.

 

 

 

 

Certainement, il v avait bien un vicaire dépendant de la paroisse St-Nicolas qui venait célébrer l'office depuis le 18 novembre 1731, dans une petite chapelle dont les manuscrits de cette époque ne donnent pas le nom, mais qui, selon l'abbé Marchal, auteur l'une Notice sur le Faubourg St-Pierre, n'est autre que celle de l'ermitage de la Magdeleine (1) : «  il est hors de doute, dit-il que ce petit sanctuaire a servi d'église pour St-Pierre jusqu'à l'entier achèvement de l'édifice religieux construit par l'architecte de St-Sébastien ». Tout cela, comme on le pense, était loin de suffire, aussi le sieur Jean Jennesson « premier ingénieur et architecte » du roi Stanislas, qui avait déjà dressé les plans des églises St-Fiacre et St-Sébastien, éleva à son compte, en 1735, la chapelle paroissiale St-Pierre qu'il loua pour 99 ans à la ville de Nancy, moyennant 800 livres de location par année. Cet édifice, tout proche du ruisseau de Nabécor, comprenait en outre « les deux sacristies joignantes, avec la maison attenante à la dite église au midi ».

(1) A une centaine de mètres de la vieille église paroissiale, la Magdeleine, point central du faubourg St-Pierre, était située sur le ruisseau Nabécor ; elle désignait « trois établissements distinct : un ermitage, une ferme et un lavoir public.

On a beaucoup discuté le mérite de Jennesson et bien que l'érudit et élégant auteur de Nancy, histoire et tableau, ait dit que St-Pierre est plutôt « un abri qu'un temple, » on doit cependant ranger ce monument au nombre de ces « églises que l'art moderne a substituées si pauvrement aux riches moustiers du moyen-âge. Mais parmi ces églises dépourvues de pensée religieuse, semblables aux prêches sans style, construits par la froide Réforme » cette maison de prière n'est pas la moins belle des églises de Nancy

Tout en ayant subi de grandes modifications, telles que l'agrandissement de la tribune, la construction des autels collatéraux, la nouvelle sacristie ajoutée aux deux anciennes, l'ensemble de ce monument n'a pas été changé. Achevé à la fin de 1736, on commença à y dire la messe le 24 décembre, veille de Noël et ce ne fut que le 15 juin de l'année suivante que Mgr François-Jérôme Bégon, 92ème évêque de Toul, vint consacrer le nouveau sanctuaire. Enfin cette église, comme toutes du reste, eut ses malheurs pendant les jours de la Terreur ; dépouillée de son mobilier, elle fut convertie en un magasin d'effets militaires, puis cédée par les héritiers Jennesson, le 10 mars I803, à des particuliers qui l'avaient acquise au nom des habitants du Faubourg, mais réclamée par ces derniers, et après arrêt de la Cour royale, en date du 23 août I823, elle fut rendue à la ville contre remboursement de leurs dépenses aux anciens concessionnaires.

Pour presbytère, on avait cette construction « attenante » à l'église, que nous voyons encore, à gauche en entrant à la vieille paroisse St-Pierre, aujourd'hui chapelle du séminaire depuis l’achèvement de la nouvelle église. Cette ancienne cure n'a jamais été occupée que par M Arnould, premier titulaire de la paroisse, qui y est mort au commencement de la Révolution, avant la nomination du curé constitutionnel Leclerc, auparavant chanoine régulier. Cette habitation successivement possédée par des particuliers est aujourd'hui la propriété du séminaire.

 

 

Tout n'était pas fini ; la paroisse St-Pierre une fois constituée, un cimetière était nécessaire, et s'il faut croire ce qu'on lit dans le recueil des « Fondations du roy de Pologne », le premier affecté spécialement à cette église aurait été placé dans la partie du séminaire où se trouve actuellement le bâtiment St-Charles, mais si on n'est pas sûr de son étendue. On n'a aucun doute sur son emplacement approximatif, puisque l'on en voit encore une petite place toute gazonnée à côté de la chapelle, lorsqu'on s'y rend par les couloirs du séminaire. Utilisé jusqu'en 1796, il fut supprimé à cette époque, puis refréquenté de nouveau de 1802 à 1842. Pendant sa première suppression, le lieu de sépulture des habitants était alors au cimetière de la Prairie ou St-Nicolas, à l'endroit même ou est aujourd'hui l'hospice St-Julien ; d'assez grande superficie, cet emplacement servait en outre aux églises Cathédrale et St-Nicolas.

Maintenant que l'on connait l'origine de ce Faubourg, la création de sa paroisse, sa construction et ses cimetières, il me reste encore à parler du grand séminaire diocésain, de la vieille maison Marin, ainsi que de la petite chapelle collégiale de Bonsecours.

Ces superbes bâtiments que nous voyons encore aujourd'hui bordant la route de Strasbourg furent construits en 1742 d'abord destinés au noviciat des Jésuites, qui se trouvait précédemment près de la porte St-Nicolas, ils devinrent en 1778 la propriété du diocèse, et lors de l'expulsion de ces religieux, l'évêché de Toul, transféré depuis peu à Nancy, y établit promptement son séminaire diocésain. Les cours ne durèrent pas longtemps, car la Révolution éclatait et l'Etat convertit ces immenses locaux en caserne de tailleurs militaires ; ce ne fut qu'à l'époque du Concordat que quelques séminaristes purent en très petit nombre suivre de nouveau les leçons de théologie.

A côté de ces belles constructions, ne faisant pour ainsi dire qu'un avec elles, la « Maison Marin » , une des plus anciennes du quartier, fut bâtie par l'architecte Jennesson qui l'habita et la céda bientôt en partie aux Pères Jésuites, ses futurs voisins, en 1741. Après la construction de l'Hôtel des Missions, plus tard appelé séminaire, cette maison fut louée tantôt par des pensionnats, tantôt par des particuliers et enfin reprise par l'Evêché qui ne s'en est pas dessaisi depuis. Non loin de là, à l'extrémité du Faubourg, se dressait encore au commencement du XVIIIe siècle, la petite chapelle des Bourguignons ou de Bon-Secours. Son origine est trop connue pour qu'il soit besoin d'en rappeler ici les détails historiques. De nombreux auteurs lorrains ont écrit en effet tout ce qu'on petit savoir sur ce vénéré sanctuaire : « La première construction, les changements qu'elle a subis depuis sa fondation, de 1484 à 1498, sous le duc René Il, les dénominations diverses qui lui ont été données» par les peuples et la dévotion des pèlerins, enfin la nouvelle construction de Bonsecours, en 1738, ses embellissements successifs, rien n'a été omis, Les écrivains les plus récents nous ont dit ce que cette chapelle a souffert pendant la Révolution, de même qu'ils ont fait connaitre « en parlant de l'église de Bonsecours, ce qui concerne les premiers gardiens du cimetière des Bourguignons », ou plutôt de la Chapelle ducale ; ils ont dit que les Pères Minimes ont succédé au premier ermite, « que la maisonnette du Frère Jean de Villecy de Sesse, près du ruz de la croix de Jarville » a été transformée, en 1629 d'abord, en des cellules qui ont fait place à un beau monastère construit par Stanislas. Deux ans auparavant, ce bon roi avait déjà posé, à la place de l'antique chapelle, la première pierre du superbe édifice qui termine encore si gracieusement le Faubourg St-Pierre.

 

René JOFFROY.  Le Pays lorrain (Nancy)   1906

 

 

 



11/01/2018
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